Aux confins de la Haute-Saône et des Vosges, le pays de Fougerolles compte encore 35 000 cerisiers, trois distilleries et onze bouilleurs de cru (distillateurs fermiers). Cultivés depuis le XVIIe siècle sur les sols gréseux du territoire, les guignes et les merises expriment, ici, toutes leurs qualités. À partir de mi-avril, le paysage se blanchit de dizaines de milliers de petites fleurs délicates. Un bonheur éphémère qu’il faut se dépêcher de savourer…

De joyeuses festivités 

Dans le berceau de l’AOC du Kirsch de Fougerolles, le fruit est célébré lors de joyeuses festivités : la Fête de la cerise ouvre le bal, le 25 juin cette année, avec l’élection de sa miss Cerises, son marché de producteurs, sa randonnée pédestre… Se tient ensuite, le troisième dimanche de septembre, la foire aux beignets de cerises avec la tenue du chapitre de la confrérie des goûsteurs d’eau de cerise. La semaine du goût, en octobre, clôt les réjouissances.

Fougerolles entretient une longue histoire avec ses vergers, le plus souvent implantés dans des exploitations de polyculture-élevage. Celle-ci est retracée dans l’écomusée du pays de la cerise, une belle demeure installée dans l’ancienne distillerie familiale Aubry. À la fin du XIXe siècle, avec l’arrivée du chemin de fer, et l’autorisation donnée par l’église aux distillateurs de s’implanter au centre de la ville, la production d’eau-de-vie de fruits, puis d’absinthe, explose. Alors, 40 distilleries industrielles, 400 bouilleurs de cru, 8 entreprises de tonnellerie font de la petite ville l’un des premiers pôles de production d’alcool français : des chargements de 16 000 litres d’alcool partent tous les jours de la gare ! L’interdiction de l’absinthe, en 1915, a mis un terme à cette activité.

 

Créatif, le pays des cerises a aussi innové dans la dentelle, en inventant le point au filet noué de Fougerolles. Les broderies, réalisées à domicile et dans des ateliers (mille petites mains en 1893), étaient vendues aux riches bourgeoises et aristocrates qui venaient prendre les eaux dans les villes thermales environnantes, alors en plein essor : Luxeuil-les-Bains, Bain-les-Bains, Bourbonne-les-Bains… Elles étaient aussi commercialisées dans les grands magasins parisiens, et ateliers de couture les plus prestigieux.

Anne Bréhier

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.