La ferme des frères Carrier se distingue dans le paysage agricole de leur région. Bérenger a 32 ans, il s’est installé en 2011, Aurélien en a 28 et s’est installé en 2015. Avec leur père Joël, ils exploitent 450 ha en grandes cultures, entourés de vignobles, à Florensac, dans l’Hérault. « Nos taux de matière organique sont très bas, en partie à cause d’un historique viticole », explique Bérenger. Depuis cinq ans, ils tentent de faire remonter cette valeur avec une couverture permanente du sol. Or, 90 % des terres sont inondées chaque hiver. « Nous avons peu de précipitations, mais l’Hérault sort de son lit à chaque épisode cévenol et évacue les résidus de cultures vers la Méditerrannée. »

L’envie de mettre fin à la fuite inutile de ces résidus dans la mer a été l’élément déclencheur du projet de méthanisation. Initié en 2018, il aboutit cet hiver. « L’injection de biométhane dans le réseau a démarré en novembre, annoncent fièrement les frères. L’unité se finalise­ tout juste, il ne reste plus qu’à terminer­ le terrassement autour des digesteurs. »

Prix garanti pour 15 ans

En partant d’une problématique agronomique, l’exploitation en vient à contribuer à la transition énergétique. Cette évolution fait sens pour ces jeunes agriculteurs qui y voient d’autres atouts. « Cette unité de méthanisation mène à la création de deux emplois et à la production d’un gaz renouvelable, sans aucune culture dédiée. »

Un autre élément non négligeable pour Bérenger et Aurélien est la contractualisation d’un prix de vente sur quinze ans. « C’est une sécurité de revenu que l’on n’a pas avec la vente de produits agricoles. » Au-delà de la valorisation énergé­tique des cultures intermédiaires, les frères y voient un levier vers une pro­duction plus agroécologique. « Nous espérons une réduction de 70 % de nos achats d’engrais, confie Bérenger. Cela renforcera la dynamique d’amélioration de la matière organique des sols. Par ailleurs, les changements dans la rotation induits par ces couverts devraient également nous permettre d’économiser des passages d’herbicide. »

Les frères Carrier envisagent à l’avenir de s’équiper de tracteurs qui carburent au biométhane. « La boucle serait alors bouclée », soulignent-ils.

Gildas Baron

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Jeunes agriculteurs : La jeune génération s’adapte La jeune génération s’adapte