A la bergerie du Pays à Vaujany (Isère), on s’active. Timothée Orand, sa compagne Marie Tholozan et leurs deux enfants de 1 et 3 ans se préparent. Dans quelques jours, c’est la montée en alpage. Ils y resteront jusqu’à mi-octobre. Là-haut, à 1 600 m d’altitude, sur les 300 ha de l’association foncière pastorale de Villars-Reculas, ils passeront l’été à garder leurs 200 brebis mères et celles de trois autres propriétaires, soit 1 600 brebis en tout. Un moment que la famille apprécie particulièrement. « Mes parents étaient bergers. J’ai toujours baigné dans ce milieu et j’en ai fait mon métier », explique Timothée.

Timothée a souhaité élever son propre cheptel. « Quand je me suis installé en 2009, je n’avais qu’une centaine de mères. Puis, en gardant chaque année des femelles, j’ai petit à petit augmenté mon troupeau pour arriver aujourd’hui à 200 brebis. » Toutes les mères sont en race pure mérinos. Elles sont saillies en monte naturelle par un bélier mérinos pour le renouvellement des femelles, par un préalpes ou un rouge de guillaume pour la production d’agneaux d’alpage.

Le troupeau est conduit en deux lots sur deux périodes d’agnelage : une au printemps et l’autre à l’automne. Les agneaux sont vendus à 7 mois, à un poids carcasse de 14 kg. Ils sont abattus et découpés à l’abattoir de l’Oisans, à 15 km environ de la bergerie. « Tous les mardis, je fais abattre quelques bêtes selon les demandes de la semaine », explique-t-il. Ils sont tous vendus à 12,50 euros/kg en caissettes, demi ou entier, auprès de sa clientèle de particuliers qu’il s’est constituée au fil des ans grâce au bouche-à-oreille. « Deux fois par an, j’effectue des livraisons à Lyon et Marseille. Je fais abattre 20 agneaux pour chacune de ces livraisons. Ce sont des commandes qui s’avèrent intéressantes », confie-t-il.

Malgré les contraintes logistiques, Timothée avoue que la vente directe est la seule façon de s’en sortir : « Les prix pratiqués en coopérative sont actuellement bien trop bas pour couvrir mes frais d’élevage. Sans la vente en circuits courts, je ne pense pas que mon exploitation pourrait être viable. » Non autonome en alimentation, le jeune éleveur doit couvrir les frais d’alimentation du troupeau de l’ordre de 10 000 euros par an. « J’achète tout le foin ainsi que les compléments en tourteaux, orge et triticale », précise-t-il.

La laine, une question d’éthique

Depuis deux ans, une autre activité est venue compléter la vente d’agneaux. Marie, conjointe collaboratrice sur l’exploitation, s’est lancée dans la production de laine, issue de leur troupeau. « La laine de mérinos est d’une très grande qualité. Je trouvais dommage de la voir partir en Chine et être vendue à des négociants à bas prix », explique-t-elle. Pour la valoriser à sa juste valeur, Marie et seize autres éleveurs du sud-est de la France se sont regroupés et ont trouvé un meilleur débouché. La toison est emmenée à Biella, capitale italienne de la laine. Elle y est lavée, cardée, peignée et teinte, puis récupérée un mois après. « En France, on ne trouve plus de filières qui peignent. Or cette étape est nécessaire. En éliminant les dernières impuretés, la laine devient fine, douce et régulière. »

Les 200 brebis du troupeau de Timothée et Marie produisent environ 400 kg de laine. Minutieusement triés après la tonte, seuls les fils d’au moins 7 cm de long sont conservés. C’est ainsi que 30 % seulement de la laine pourra être envoyée en Italie.

La laine est conditionnée en pelotes de 50 g ou en cônes de 1 kg. Chaque producteur se charge de la commercialisation de sa production. Marie vend ses pelotes 6 euros, essentiellement sur les foires et les marchés, ainsi que sur l’exploitation. Ses cônes sont vendus auprès de tisserands ou tricoteuse à grand débit.

« Bien que le chiffre d’affaires dégagé ne soit pas énorme, aux environs de 8 000 euros par an, cet atelier est passionnant. Pour moi, l’objectif est que nous puissions nous réapproprier ce produit d’excellente qualité. En faisant filer notre laine, nous souhaitons revaloriser cette matière noble et locale, associée à notre activité pastorale. C’est avant tout une question d’éthique », indique la jeune éleveuse.