Quand on approche du bâtiment abritant les 200 brebis allaitantes d’Axelle Rossat, ses dix chiens de protection ne mouftent pas. « Je les habitue à voir du monde et à ne pas aboyer pour rien : je fais même des visites de ferme, explique la jeune éleveuse, installée à Fontcouverte-la-Toussuire, en Savoie. Mes chiens ne réagissent qu’en cas de danger. » Elle s’évite ainsi les conflits de voisinage, de plus en plus fréquents entre éleveurs et riverains.

Une attaque par an

À 27 ans, cette fille d’éleveur a toujours entendu parler du loup, arrivé en Maurienne en 1998. « Je me suis installée en connaissance de cause. » Pas de quoi éteindre sa vocation. « J’ai toujours voulu faire ce métier. Après mon BTS et ma licence en agroalimentaire, j’ai repris un bâtiment à de la famille éloignée. J’ai créé mon exploitation individuelle début 2017. » La DJA et un emprunt bancaire ont financé la reprise, puis l’agrandissement du bâtiment. Mais avant même son installation, le loup a frappé. « Fin 2016, j’ai acheté mes 50 premières brebis. Le surlendemain, le troupeau s’est fait attaquer. Dix brebis sont mortes. Je me suis remise en question mais mes proches m’ont aidée à passer ce cap. »

Tourisme

Depuis, elle subit une attaque par an. La dernière l’a marquée. « Au printemps 2021, mes brebis étaient au parc avec six chiens, à 100 mètres des maisons. Un matin, j’ai retrouvé dix brebis et une chienne mortes. »

Sensibilisés, les touristes posent finalement peu de problèmes avec les chiens. « Par contre, il faut partager le territoire, convient Axelle. Il y a peu de propriétés privées : on exploite beaucoup de communaux, sur lesquels les communes créent des pistes VTT et des sentiers. Heureusement, elles nous consultent. J’explique mes contraintes pour les clôtures, l’eau… » Sans nier les incivilités de certains, elle refuse de se plaindre : « On vit tous un peu grâce au tourisme. » Elle-même fait de la vente directe et travaille l’hiver en station de ski cinq jours par semaine. « C’était une nécessité économique mais je continue par choix pour voir du monde. L’hiver, je passe à la bergerie rapidement le matin, puis j’y travaille une heure le soir au retour de la station. »

Partie d’un objectif de revenu agricole de 1 000 €/mois, elle prévoit de développer un atelier de 50 brebis laitières avec transformation en 2023. Elle espère ainsi salarier quelqu’un et se dégager du temps. En attendant, elle prend deux semaines de vacances par an, en s’arrangeant avec son père et son frère, installés non loin. « Cela me suffit. Mon métier est ma passion, le paysage est beau : parfois, je n’ai pas l’impression de travailler. »

Bérengère Lafeuille

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