La vente directe, c’est une histoire de famille pour Lilian Lefèvre. « Ça fait quatre générations que nous vendons des fruits et légumes au marché du village. Quand j’ai racheté les 12 ha de mon oncle, j’ai pris le relais », raconte cet agriculteur de 26 ans, installé depuis 2019 à Ouveillan, dans l’Aude. Afin de construire un outil de travail solide, il n’a pas hésité à investir 500 000 € pour acquérir du foncier, s’équiper et planter. Aujourd’hui, il cultive 25 ha sur lesquels il diversifie les productions comme les débouchés pour partager les risques. « Je cultive des fruits et légumes pour la vente directe et le semi-gros, ainsi qu’un verger de cerise industrie et des vignes de cuve en coopérative, deux productions plus sécurisantes qui facilitent l’obtention de prêts », observe-t-il.

Maîtriser les coûts

Au marché, il a vite constaté que la clientèle prenait de l’âge. « J’ai aménagé une boutique à la ferme, ouverte deux soirs par semaine et le samedi après-midi. Cela convient mieux aux jeunes qui travaillent. » Il va aussi se lancer dans la vente de paniers sur internet avec livraison en point relais pour se rapprocher des consommateurs. Et il a trouvé des restaurateurs et un artisan glacier intéressés par des produits locaux de saison.

Côté production, il pratique l’agriculture raisonnée et se sent en phase avec les attentes de la société. « J’observe mes cultures afin de réduire autant que possible les traitements et je fais des rotations avec des engrais verts pour améliorer les sols », détaille Lilian, qui vient d’obtenir la certification HVE3 (1).

Il cherche également des solutions pour simplifier les itinéraires et réduire la consommation de fioul. Pour maîtriser les coûts, il s’est engagé dans une Cuma pour la récolte des raisins et des cerises industrie. « C’est indispensable, à plusieurs nous pouvons amortir du matériel performant et polyvalent et réaliser les chantiers en entraide. »

Pour l’instant, il n’emploie que des saisonniers locaux fidélisés. « Avoir une bonne équipe, c’est un atout », note-t-il.

Sa situation économique reste malgré tout délicate. « Le coût des intrants grimpe et je ne peux pas augmenter mes prix. Même en vente directe, ce n’est pas évident. Au marché, les clients apprécient le goût et la fraîcheur des produits, mais voudraient qu’ils restent moins chers qu’au supermarché. » Il a augmenté ses tarifs en reprenant le stand et ne peut pas aller au-delà pour l’instant.

Heureusement, ses premières plantations vont entrer en production. « J’ai encore 2 ha à planter. Je construis ma maison en même temps. C’est du travail mais je reste confiant, je vais y arriver. »

Frédérique Ehrhard

(1) Haute valeur environnementale niveau 3.

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