ÀPouldreuzic, dans le Finistère, terre natale du célèbre pâté Hénaff, la ferme de Ruot est la seule exploitation porcine de la commune. Stéphanie Calloc’h, 32 ans, et son mari Mathieu, 34 ans, sont à la tête d’un élevage naisseur-engraisseur de 440 truies. Ils produisent des céréales (blé, orge, maïs) qui assurent l’autonomie alimentaire de l’exploitation. L’élevage compte quatre salariés, ce qui leur offre de la souplesse dans leur emploi du temps et la possibilité de prendre deux semaines de vacances par an. Une nécessité pour ces parents de trois jeunes enfants.

Une installation en deux temps

L’installation de Stéphanie s’est faite en deux temps. En 2015, tout en restant salariée à mi-temps dans l’élevage de ses parents, elle a repris une exploitation voisine de 70 ha avec l’engraissement de porcs. En 2020, elle et son conjoint ont racheté les parts de ces derniers qui sont devenus à leur tour salariés de la ferme. « Pour reprendre le capital, nous avons joué sur différents tableaux : donation, emprunts bancaires, prêt familial différé de quatre ans. Un montage indispensable pour la reprise d’un outil comme le nôtre si l’on veut continuer à pouvoir investir », lance-t-elle.

Stéphanie et Mathieu ont un grand projet : « Notre objectif est de construire un bâtiment “bien-être” intégrant, dans la même case, la maternité et le post-sevrage. Ainsi, les porcelets ne seront pas déplacés avant le départ pour l’engraissement. » À ce stade crucial, ça sera moins de stress pour l’animal, moins de problèmes sanitaires et pas de mélanges de bêtes.

Les travailleurs gagneront aussi en temps de lavage et de déplacement d’animaux. « Nous faisons des essais dans une nurserie aménagée. Nous n’avons pas le droit à l’erreur car nous parlons d’un investissement à un million d’euros ! », souligne Stéphanie. La bientraitance, les éleveurs la pratique au quotidien dans la relation de confiance qu’ils établissent avec leurs bêtes. Il suffit­ de les voir circuler au milieu des cases avec des truies calmes qui cherchent des caresses.

Pression sociétale

« La pression sociétale, j’y suis sensible. Mais c’est plus ou moins facile selon la conjoncture. Avec la flambée des matières premières, où trouver les moyens d’investir ? », tacle l’éleveuse. Une vidéo de l’association anti-élévage L214 a ciblé un élevage de porcs à proximité. Stéphanie reste particulièrement marquée par cet épisode : « Je suis convaincue que ce que je fais, je le fais bien. Nous devons expliquer notre métier. Cela m’a renforcée dans cette idée. »

La communication, c’est son credo. Très investie dans son groupement de producteurs Evel’Up en tant que responsable « groupe jeune » et administratrice, Stéphanie participe aux événements qui permettent de dialoguer avec le grand public, comme la « Pig Parade », visant à faire le trait d’union entre culture et agriculture, les « Happig hour », des rencontres ludiques et festives dans les bars, ou encore les portes ouvertes.

Isabelle Lejas

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