Installé en 1989 à la suite de son père, Didier Conjard est à la tête d’un verger bio de 14 ha de pommes et poires, et 11 ha de petits fruits. Si la quasi-totalité de la production (500 t par an) est écoulée auprès de la coopérative Rhoda-Coop, il réserve 6 à 7 t pour la vente au détail dans des magasins de producteurs. « Une façon d’être en contact avec les consommateurs », explique-t-il, heureux des échanges qui lui permettent d’être au plus près des attentes sociétales.

Une formule souple

L’exploitation emploie deux salariés permanents et des occasionnels pour la taille et les récoltes, soit 10 000 h de main-d’œuvre salariée par an. Pour fidéliser les permanents -  « un vrai défi » - Didier a diversifié les cultures et créé un atelier de transformation. Mais à 58 ans, sans relève familiale, il a cherché à se libérer « en temps et en charge mentale », sans compromettre l’attractivité de son entreprise.

Avec l’appui de la chambre d’agriculture, il décide de séparer une entité viable, capable de dégager 40 000 € de chiffre d’affaires et de la proposer à la location. Le repreneur louerait les surfaces et son matériel, et emploierait les salariés permanents une partie du temps. Une formule souple, peu engageante financièrement. Lui continuerait d’amortir le matériel, de sécuriser la main-d’œuvre et se dégager du temps. « J’ai isolé un ensemble de 0,5 ha de serres de framboises, 0,5 ha de verger et 2 ha de terre, avec un atelier de transformation en confitures. » En janvier 2020, l’annonce paraît sur le RDI.

L’offre semblait faite pour Amélie Benassayag. Après une carrière à Paris dans le cinéma, la quarantenaire décide de se former à l’agriculture - « un rêve d’enfance » - en mettant ses pas dans ceux de ses grands-parents, agriculteurs dans le Berry. Pendant trois ans, elle fait des stages, suit un bac pro et s’essaye à la polyculture et à l’élevage avant de se passionner pour l’arboriculture et les petits fruits. Amélie saisit la perche et, en mai 2020, fait une saison dans l’exploitation, suivie d’un stage de parrainage de neuf mois. « De quoi mesurer le travail et voir si j’en étais capable. »

Conquise et enthousiaste, elle quitte la capitale et s’installe en avril 2021 avec un investissement de 15 000 €. La location du matériel de culture lui reviendra à 6 500 € sur l’année et elle emploiera les deux permanents (1 500 h par an). « Tout est calibré pour que je sois autonome tout de suite. » Didier et son épouse Françoise facilitent son intégration, lui présentent leur réseau, leurs recettes… Amélie, qui les qualifie de « perles rares », mesure sa chance.

Autonomie immédiate

Didier n’a jamais cessé d’investir, aussi bien dans le matériel que dans les plantations, pour maintenir un bon niveau de performance. Autour de lui, les vergers se réduisent comme une peau de chagrin. La concurrence étrangère et le manque de relève ont eu, en partie, raison de la production drômoise, constate-t-il. Mais pas question pour autant d’être inquiet ou amer, encore moins de tomber dans le misérabilisme. Pour attirer des repreneurs, il faut au contraire « prouver qu’on peut dégager un résultat très correct ». Sa structure intéressera certainement des candidats dans les prochaines années. S.B.