L’hiver venu, les 60 vaches laitières bio de la station expérimentale de Trévarez (Finistère) regagnent l’étable. La ration de base est composée d’ensilage d’herbe offert à volonté et de 5 kg de matière sèche (MS) d’ensilage de maïs. Depuis 2014, diverses complémentations sont testées.

Viser l’autonomie

Dans l’objectif de parfaire son autonomie alimentaire, la station a élaboré les menus « Fait maison » et « Épicé ».

Le « Fait maison » agrémente la ration de base avec 3 kg de maïs grain humide à l’auge et 0,9 kg de céréales au robot. L’ensilage d’herbe proposé était classique (61 g/kg de MS de PDIE) ou précoce (70 g/kg de MS de PDIE). Les intervalles de fauche passent de 6-7 semaines à 4-5 semaines entre les deux fourrages.

L’ingestion des animaux nourris avec le fourrage précoce a grimpé de 4,2 kg de MS/VL/jour. Cela s’explique par « un moindre encombrement de l’ensilage d’herbe et un meilleur équilibre énergie/azote », justifie la station. La production laitière a progressé de 4 kg/VL/jour, ce qui conduit finalement à une marge sur coût alimentaire supérieure. L’équation ressort gagnante, à condition d’avoir un stock fourrager suffisant. Si ce n’est pas le cas, « l’ensilage précoce peut être réservé aux vaches en début de lactation », suggère Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage (Idele).

Le menu « Épicé » reprend la base du menu « Fait maison », avec de l’ensilage d’herbe précoce pour tout le monde. La variation s’est faite sur le maïs. Un lot a reçu de l’ensilage de maïs plante entière, quand l’autre s’est vu alimenté avec de l’ensilage de maïs épi, toujours à raison de 5 kg de MS/VL/jour.

Une alimentation locale

Les premières tendances donnent un avantage au lot épi, avec un peu plus de lait produit (+ 0,8 kg/VL/jour) et un TB supérieur (+ 1,8 point). « L’ensilage de maïs épi est moins encombrant et plus concentré en azote et en énergie », note Estelle Cloet, de la chambre d’agriculture de Bretagne. À noter toutefois, « le rendement est presque divisé par deux en passant d’un ensilage plante entière à un ensilage épi, relève Valérie Brocard. Il faut donc avoir de la souplesse sur les stocks avant d’envisager cette solution. » Ce menu sera à nouveau testé cet hiver.

À défaut de viser 100 % d’autonomie alimentaire, il est possible de miser sur des filières végétales locales. La station a expérimenté un menu « Local », proposant une complémentation de 0,9 kg de céréales produites sur site et 3 kg de bouchons de luzerne achetés à proximité (18 % de MAT). L’ensilage de maïs était classique et celui d’herbe précoce. Les vaches ayant reçu la luzerne l’ont entièrement consommée, en plus des fourrages. L’ingestion a grimpé de 2,9 kg/VL/jour. Elles ont produit 1,9 kg de lait/VL/jour de plus que leurs comparses pendant l’essai, avec un arrière-effet de + 1,3 kg de lait/VL/jour les deux semaines suivantes.

« L’intérêt économique de la manœuvre dépend du prix de la luzerne, également convoitée par les filières de monogastriques, souligne Valérie Brocard. Le prix de la tonne de luzerne devrait être inférieur à 60 % du prix du lait, pour que la marge sur coût alimentaire reste viable. Déshydrater soi-même son fourrage, si la région dispose des équipements nécessaires, peut réduire la facture. »

Exprimer le potentiel laitier

Dans la catégorie « objectif productivité », sont nommés les menus « Cuisine du monde » et « Sportif. »

Dans le premier cas, les vaches ont reçu un complément de 3 kg de céréales et 1 kg de tourteau de soja. Dans le lot témoin, le tourteau a été remplacé par un mélange céréalier. Les ensilages d’herbe et de maïs sont classiques. « Le kilo de soja a permis un accroissement immédiat de la production laitière : en moyenne + 5 kg/VL/jour pendant l’es­sai, avec un arrière-effet de + 2,8 kg », indique la station. La marge sur coût alimentaire a progressé significativement, « au détriment de l’autonomie alimentaire, et avec un aliment souvent importé de l’autre bout du monde. »

Le menu « Sportif » a été réfléchi pour « être le plus équilibré possible », résume Estelle Cloet. Le menu « Local » a été réutilisé sur le lot témoin, avec des bouchons de luzerne à 19,5 % de MAT. La base était identique sur le lot expérimental, avec un bonus de 3 kg de bouchons de maïs épi déshydratés achetés.

« En ajoutant ces concentrés énergétiques, l’équilibre ration s’est amélioré par rapport au menu « Local », observe la chargée d’étude. Les bouchons de maïs épi ont été consommés en plus de la ration de base, sans compromettre l’ingestion des fourrages. » Mais il y a un prix à payer. « Les vaches avec le maïs épi ont produit 1,5 kg de lait en plus par jour, sans effet sur les taux. Pour que la marge sur coût alimentaire reste positive, il faudrait que le prix de cette matière première ne dépasse pas la moitié du prix du lait. » Une configuration difficile par les temps qui courent.

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