Anne Le Brigant, 33 ans, élève des brebis à Bulat-Pestivien (centre Bretagne). Elle vend ses agneaux bio en direct et propose aussi des accessoires en laine (sac, décoration…) qu’elle fabrique­ elle-même. Certains jours, elle change de casquette pour tenir le café-brocante du village, qui compte 400 habitants.

Pression des banques

Après quatre années comme technicienne au contrôle laitier et avoir trouvé du foncier à louer, la jeune femme s’est installée en 2015 en créant son propre atelier ovin avec 100 brebis sur 21 ha. Un rêve depuis qu’elle a découvert l’agriculture en BTS « productions animales », elle qui n’est pas issue du milieu agricole. « À l’époque, j’aurais aimé démarrer en gardant un travail à mi-temps. Mais on m’a plutôt découragé… La banque ne suivait pas sans installation à titre principal et je n’aurais pas eu de DJA (dotation jeune agriculteur) », raconte-t-elle. Dans son prévisionnel d’installation, elle projetait de monter à 150 mères mais elle ne dispose pas d’assez de surfaces. Or l’éleveuse ne conçoit pas un système sans autosuffisance fourragère : « C’est un non-sens. »

 

Tant que les annuités d’emprunt sont importantes, « je n’arrive pas à dégager un salaire sur la ferme », souligne-t-elle. Il y a un an et demi, elle s’est donc résolue à chercher un travail à temps partiel. Par chance, la patronne du café Ch’Ty Coz cherchait un salarié à 80 heures par mois. « Je travaille deux après-midi par semaine, un samedi midi sur deux et un dimanche par mois. Je prends des congés lors des agnelages et pour le foin. Mon compagnon, Timothée, musicien professionnel, me donne un coup de main quand il est là et on s’entraide également avec d’autres agriculteurs.

Anne ne trouve que du positif dans cette expérience. « Cela me permet de sortir de ma ferme. J’en profite pour mettre une jupe, me maquiller. J’aime ça. »

Une solution à l’installation

Grâce au café, elle crée du lien social. C’est l’occasion de parler de sa viande. D’ailleurs, elle profite des chambres froides pour livrer ses colis.

Très investie dans ses deux activités, la jeune femme a maintenant trouvé le bon tempo. « Je m’arrange pour que l’une ne déborde pas sur l’autre, afin de garder les idées claires pour mon entreprise. J’ai besoin que tout soit calé. Avoir les deux casquettes me donne la possibilité de relativiser dans les moments de découragement, reconnaît-elle. Si j’avais eu cette soupape dès le départ, j’aurais mieux vécu mes premières années d’installation. »

Isabelle Lejas

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