«L’élevage produit des œufs de codes 1 (plein air), 2 (au sol) et 3 (cages aménagées), tous destinés à la casserie », résume Franck Picard, aviculteur à Bignan, dans le Morbihan. Lors de son installation en 2007, l’exploitation comptait 185 000 poules pondeuses en cages non aménagées. Trois ans plus tard, les quatre poulaillers présents passent en cages aménagées et l’effectif s’élève à 202 000 pondeuses.

En 2019, trois bâtiments sont transformés en système volière : deux de 22 000 et 24 000 poules destinées à l’élevage au sol, et un de 32 000 poules pour la production d’œufs en plein air. « Ce dernier s’y prêtait particulièrement bien. Il est contigu à une parcelle de 13 hectares », note Franck. Le projet d’élevage en plein air a été réfléchi deux ans en amont. « L’objectif est de répondre aux attentes du marché : la demande d’œufs alternatifs est croissante, tant pour les œufs de consommation que pour ceux destinés à la transformation. »

Éviter la ponte au sol

Le premier lot de poules en plein air est arrivé en août 2019 et restera jusqu’à fin 2020. « L’élevage des poulettes [réalisé avant l’arrivée des animaux au sein de l’exploitation, NDLR] est essentiel à la réussite du lot, souligne l’éleveur. Les animaux doivent apprendre à vivre et circuler dans une volière : manger à un niveau, boire à un autre, ou encore monter pour se coucher. » Lorsque les poules arrivent sur site, les premières semaines de production sont décisives. « Il faut à tout prix éviter la ponte au sol, insiste Franck. Au démarrage du lot, une surveillance est nécessaire trois à quatre fois par jour. Un œuf par terre en appelle un autre. Plus vite il est enlevé, mieux c’est. Aujourd’hui, sur environ 32 000 œufs quotidiens, j’en relève une cinquantaine pondus au sol. »

Le programme lumineux a également été adapté, en particulier le soir. L’extinction des feux est réalisée en deux étapes, sur une cinquantaine de minutes au total. « Lors des dix premières minutes, la luminosité est réduite à 15 % de la normale. La deuxième étape, qui peut durer jusqu’à 45 minutes, vise à doucement réduire le niveau de luminosité jusqu’à l’obscurité. En somme, les poules doivent rapidement comprendre que c’est la fin de la journée, mais avoir le temps de se percher avant l’extinction totale. » La volière est de forme pyramidale pour favoriser le perchage. « Il est plus facile de monter et descendre un escalier qu’une échelle », illustre l’éleveur. Par ailleurs, le bâtiment dispose d’une ventilation dynamique, qui combine un flux longitudinal et en faîtière.

Ne pas saturer le bâtiment

Pour sortir sur le parcours, les poules passent par un jardin d’hiver de 800 m2. « Il a été construit pour optimiser la capacité de la volière à l’intérieur du bâtiment, précise l’éleveur breton. Pour autant, il convient de ne pas saturer l’outil et de garder une marge de sécurité, notamment pour éviter la ponte au sol. » En sortie de trappes, une dalle de béton a été coulée afin d’éviter les flaques­ d’eau. Sur le parcours, « les poules apprécient l’ombre, observe Franck. Les arbres de haute tige sont intéressants pour leur offrir de bonnes conditions. » Les animaux sont vermifugés tous les deux mois (lire l’encadré ci-contre).

La clôture combine un grillage en partie basse et sept rangées de fils électriques. « Cela évite que les fils soient gagnés par l’herbe. Le grillage est enterré sur 30 cm et replié à la base pour empêcher l’intrusion­ de renards. Pour l’instant, nous n’avons pas connu de problème de prédation. » Les quelques buses observées aux alentours du parcours n’ont pas sévi davantage.

Pour convertir un bâtiment vers un système en plein air, Franck avance un coût de 15 à 22 €/poule, selon les travaux à conduire et le matériel choisi. « Il me reste un bâtiment de 105 000 poules élevées en cages aménagées. Je le ferai probablement évoluer vers un mode de production alternatif à l’horizon 2025. Mais la crise du coronavirus nous a montré dans les premières semaines de confinement que les gens consomment toujours des œufs de code 3. C’est bien la demande qui doit guider le marché de l’œuf et non l’offre. » Vincent Guyot

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