De 0,5 ha au début, ce sont 22 ha qui ont été récoltés en 2018. Et pas loin du triple sera implanté cette année. L’augmentation de la surface a poussé les agriculteurs à mécaniser les travaux et donc à investir dans du matériel adapté. L’investissement ne s’est cependant pas fait au hasard mais au sein de la Cuma DEI, qui rayonne sur tout le département pour d’autres activités. Contrairement à certaines régions comme la Bretagne - où des ETA sont aujourd’hui équipées avec des automotrices, voire des intégrales pour l’arrachage - en Aveyron, les arracheuses les plus proches sont en Limagne. Les ETA ne disposent pas du matériel. Il aurait été difficile d’en convaincre une d’investir pour une petite surface et avec peu de visibilité. La betterave fourragère a, en effet, disparu du département depuis plus de trente ans.

Le choix de l’arracheuse

En 2017, les agriculteurs font venir Franquet avec son système X Beet, couplé à une chargeuse portée pour arracher les hectares implantés. Le système leur semble prometteur. Il offre notamment la possibilité d’intervenir tout en conservant des roues classiques sur le tracteur. Le X Beet effeuille et arrache à l’avant du tracteur, puis dépose les betteraves en andain. Cependant, les socs oscillants du bâti arracheur ne les rassurent guère. Et ils préfèrent une technique où les betteraves ne sont pas déposées à terre puis reprises.

Le groupe opte finalement pour une Rootster 604, une arracheuse-chargeuse du constructeur allemand Grimme. Cette machine est combinée à une effeuilleuse FT 300 à l’avant du tracteur. Le tout a été acheté 80 000 € d’occasion, en Champagne, auprès du concessionnaire Dorez. Avec cet outil, les betteraves ne sont pas reposées au sol, ce qui limite la présence de cailloux. De même, le système d’arrachage par roues « Oppel » réduit le soulèvement et la montée de pierres.

Toutefois, l’un des inconvénients de la Rootster 604 est son encombrement. La Cuma a réfléchi à une organisation des parcelles en fonction de la machine (voir l’encadré). Par ailleurs, cet équipement nécessite d’avoir un tracteur à roues étroites. Pour cela, ils font appel à la Cuma de Baraqueville, qui s’est dotée d’un New Holland T7.225 (200 ch).

En plus de l’arracheuse, le groupe d’agriculteurs a investi, pour le tracteur, dans un jeu de roues étroites, jumelées à l’arrière. Elles serviront pour l’arrachage mais aussi le semis. Le tracteur a été équipé avec un autoguidage RTK. Il apporte une grande précision et permet au chauffeur de l’ensemble de se concentrer sur la machine et ses réglages, notamment dans les petites parcelles. Le guidage servira également au semis. Le plus droit et régulier possible, le semis offre un arrachage facilité. Ce dernier est facturé 450 €/ha (tracteur, machine et salarié).

Vers un semoir mécanique

Avant d’arracher, il faut semer. Le semoir monograine est souvent présent dans les régions d’élevage, mais plus adapté avec un écartement et des disques pour le maïs. Il a fallu en trouver un avec un interrang de 50 cm et acheter des disques adaptés. En 2018, les semis ont été réalisés avec un appareil pneumatique de 6 rangs. Les exploitants sont sur le point d’investir dans leur propre équipement. Les parcelles étant morcelées et aux quatre coins du département, il est préférable de disposer d’un semoir dédié à la culture. Ils font le choix d’une machine développée pour ce type de graines, avec un Monosem à distribution mécanique de 12 rangs. La faible hauteur de chute de la graine, offrant plus de précision au semis, semble les avoir séduits. Le coût du semis devrait avoisiner 150 €/ha.

Parmi les prochains projets de la Cuma, l’achat d’une bineuse est au cœur des discussions. Une partie des éleveurs développant la betterave fourragère travaillent en agriculture biologique. Certains ont déjà conçu des outils « maison » pour pratiquer le désherbage mécanique. Mais il n’y a pas que les agriculteurs installés en bio qui sont intéressés. L’achat en Cuma offrirait une machine plus précise et, là aussi, mieux adaptée à la culture, avec par exemple des accessoires pour travailler au plus près du rang. Cependant, la pression des adventices étant difficile à contrôler en bio, certains réfléchissent également à replanter des plants déjà développés pour assurer un recouvrement le plus rapide possible.

Pierre Peeters

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Betterave : La betterave fourragère  s’enracine La fourragère s’enracine