En s’installant avec sa famille, en juin 2016, dans sa propriété de 4 ha, Samuel Thévenet se lançait un vrai défi : relancer l’élevage professionnel des poules de Gournay et des canards de Duclair, volailles qui faisaient autrefois la fierté du pays de Bray. L’enfant du pays, ancien horticulteur et ambulancier, s’est rapproché du Club pour la sauvegarde des races avicoles normandes. Puis il s’est mis en quête de poussins pour remplir ses six parcs de 1 500 m² de plein air.

« La poule de Gournay est rustique, résistante au climat froid et humide, et bonne pondeuse, avec 160 à 170 œufs par an, explique Samuel, en présentant les jolis spécimens au plumage noir moucheté de blanc. Sa chair est persillée et le blanc est moelleux… La goûter c’est l’adopter ! » Les poulets de chair sont abattus à 5 mois, soit 2 mois de plus que pour un poulet standard, à un poids moyen de 2 kg, vendus 11 €/kg. La demande en poulettes vivantes de 8 semaines est aussi forte sur les marchés (10 € pièce).

Bilan de sa première année : plus de 2 000 volailles écoulées. Juste suffisant pour rentrer dans ses frais, mais pas assez pour dégager un salaire. Il faudra augmenter les ventes, ce qui semble bien parti pour l’an prochain : « Il y a une demande pour ces volailles de qualité, qui sont des produits d’exception. Je commence à fidéliser ma clientèle et je travaille avec deux restaurateurs locaux. » Samuel est le seul éleveur de Gournay en pays de Bray, et il a déjà sa place dans le créneau haut de gamme.

Gourmandise rouennaise

Plus original encore : le canard de Duclair, à robe noire et bavette blanche, tel un uniforme d’avocat. Samuel a eu toutes les peines du monde à trouver des canetons. Il élève deux bandes de 30 canards pendant douze à treize semaines, jusqu’à ce qu’ils dépassent 2 kg. Il est alors tué de façon originale : il est étouffé pour qu’il ne se vide pas de son sang. C’est lui qui est à l’origine de la célèbre recette du canard au sang, spécialité culinaire de Rouen.

Selon l’histoire, beaucoup de canards mouraient étouffés lors de la traversée de la Seine pour se rendre au marché de Duclair. Un hôtelier de la ville aurait inventé cette recette où, une fois les aiguillettes levées, la carcasse était pressée pour en extraire le sang qui serait mis en sauce. La chair du Duclair est peu grasse et très tendre. « C’est un canard de saison, qu’on ne trouve que de juillet à octobre, ce qui renforce l’image d’exception de ce produit », sourit Samuel.

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