Maïs énergétique. Alain Guillaume montre des plants de maïs destinés à être méthanisés. Il teste ici une variété péruvienne.

Pour Alain Guillaume, éleveur de porcs à Plélo, dans les Côtes-d'Armor), les raisons d'installer un équipement de méthanisation à la ferme ne manquent pas.

« Avant tout, ce projet est une démarche pour diversifier mes activités. Le secteur porcin est fréquemment secoué par des crises.

La vente d'électricité va donc apporter un complément de revenu appréciable.

De plus, cette installation va permettre la transmission de l'exploitation à ma fille.

Enfin, la production de biogaz va accroître l'acceptabilité de l'élevage porcin par le voisinage et assurer une meilleure valorisation des effluents. »

Alain Guillaume dirige depuis 1980 un élevage naisseurengraisseur qui compte 175 truies pour 2,85 UTH. Il cultive une SAU de 85 ha dont les récoltes sont consommées par les porcs.

1 million de kWh par an

Le système de méthanisation fonctionnera au moins 8.000 heures par an pour produire 1 million de kWh. Il adoptera une conception innovante : le stockage du digestat se fait au centre du digesteur.

Les substrats fermenteront pendant soixantecinq jours dans un digesteur de 2.000 m³ avant d'être transférés par pompage dans un postdigesteur de 1.700 m³.

Cela permet d'optimiser l'extraction de méthane et de limiter les pertes d'azote gazeux.

Le biogaz sera valorisé par cogénération : l'électricité produite sera vendue à EDF et la chaleur dégagée sera recyclée à 75,6 % pour chauffer le digesteur, le bâtiment des porcs et les maisons de la famille.

Autre particularité, le système est évolutif. Il sera possible d'élever sa puissance jusqu'à 230 kW.

Alain Guillaume vendra son électricité à EDF 9 centimes d'euros le kWh. Il recevra une prime à la méthanisation de 2 centimes d'euros par kWh et une prime  à la valorisation de la chaleur de 3 centimes d'euros par kWh, car celle-ci est valorisée à plus de 75 %. Il percevra au total 14 centimes d'euros du kWh.

Le contrat de vente à EDF est de quinze ans. L'investissement, lui, s'élève à 600.000 euros, les aides de l'Ademe, du Conseil régional et du Conseil général représenteront entre 35 et 40 % de cette somme.

En prenant en compte les frais annexes, le temps de retour sur investissement est estimé entre six et sept ans.

 

1. Concentriques. On distingue le périmètre du postdigesteur (cercle central) et celui du digesteur (disque périphérique).

2. Surverse.  C'est par ce tuyau que les substrats méthanisés rejoindront par pompage le postdigesteur.

3. Silos. Trois silos seront construits pour les intrants. Un pour les cultures énergétiques et deux pour les graisses.

4. Cipan. Des cultures piège à nitrates seront incorporées dans le digesteur, telle cette association de ray grass et de trèfle de Perse.

Cultures énergétiques

Les substrats qui seront incorporés dans le digesteur se classent en trois catégories. D'abord 3.000 m³ de lisier seront fournis par l'élevage.

Ensuite une entreprise agroalimentaire livrera des graisses de flottaison à raison de 1.300 tonnes par an. Il est prévu que cette structure rémunère Alain Guillaume de 55 à 80 euros par tonne de déchets valorisés.

Enfin, des cultures énergétiques seront utilisées. C'est en ce sens qu'Alain Guillaume cultive 4 ha de maïs énergétique et 1 ha de sorgho sucrier qui donneront environ 15 tonnes de matière sèche par hectare.

Il ajoutera au mélange la récolte de 20 à 25 ha de cultures intermédiaires qui offriront un rendement estimé entre 5 et 6 t/ha de MS.

« Je sème des cultures intermédiaires avant le maïs, en juillet si cela suit de l'orge ou en août derrière un blé. Cette année j'ai implanté de l'avoine, du triticale, du ray grass italien et un mélange de ray grass et de trèfle de Perse », détaille l'éleveur, avant de préciser : « Il ne faut pas ajouter de moutarde ou toute autre crucifère à cause de leur forte teneur en soufre. » Cet élément ne doit pas se trouver en trop grande quantité dans le gaz produit.

Quand elle sera opérationnelle, l'installation nécessitera une ou deux heures de travaux quotidiens pour une seule personne.

« Nous cherchions une activité de diversification peu exigeante en main-d'oeuvre. La nature et la périodicité des travaux concernant l'installation de biogaz correspondent en cela à nos attentes », explique Alain Guillaume.

Il faudra réceptionner les semiremorques de graisse, charger les incorporateurs, prélever des échantillons des substrats pour analyse et surveiller les indicateurs de fonctionnement.

Le cogénérateur sera également suivi et entretenu par Méthafrance et Biogas Hochreiter, les deux sociétés qui assistent le projet. Après avoir été évacué du postdigesteur, le digestat sera stocké dans les fosses à lisier existantes.

Il constituera un effluent épandable sur toutes les parcelles. Il est facile à manipuler et possède de l'azote ammoniacal rapidement assimilable.

Economies : moins d'intrants grâce au biogaz

L'utilisation de la chaleur du digesteur pour le chauffage de l'élevage et des habitations permettra l'économie annuelle d'au moins 20.000 litres de fuel. De plus, l'amélioration de la valeur fertilisante des substrats évitera l'achat de 15 tonnes d'ammonitrate par an.

Une démarche qui a duré cinq ans

Alain Guillaume est l'un des pionniers du biogaz en France. il « essuie les plâtres ».

En 2003, alain Guillaume participe à un voyage en Allemagne organisépar l'Ademe (1), l'association Aile (2) et le conseil général de la Bretagne, au cours duquel il visite des installations de méthanisationà la ferme.

Intéressé, il étudie en 2004 la faisabilité d'un tel équipement ausein de son exploitation. L'étude se révélant concluante, il sollicite alors des organismes pour obtenir des aides financières.

L'Ademe lui indique qu'elle accordera des subventions si le projet se réalise dans le cadre d'un transfert de technologie. L'Agence souhaite en effet que les deniers publics profitent à l'économie française. Or il n'existe pas, en France, d'entreprise ayant les compétences pour construire une installation de méthanisation.

Alain Guillaume démarche les installateurs allemands avant de trouver en 2006 une entreprise, Biogas Hochreiter, qui accepte de construire l'installation tout en formant des entreprises locales.

Il a trouvé l'appui de la coopérative Le Gouessant pour s'engager dans ce transfert de technologie. Cette coopérative a créé la société Agriculture Énergie Biomasse (AEB) pour suivre ce projet et en initier d'autres.

Une filiale d'AEB, Méthafrance, supervise en collaboration avec Biogas Hochreiter la mise en oeuvre du projet.

Le dossier ICPE (3) a été instruit à la fin de 2006 puis les autorisations administratives et le permis de construire ont été délivrés en juin 2007. Le chantier a débuté en septembre, l'installation sera opérationnelle au début de 2008.

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(1) Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l'énergie

(2) Association d'initiatives locale pour l'énergie et l'environnement.

(3) Installations classées pour la protection de l'environnement.

par Nicolas Levillain (publié le 19 octobre 2007)