Luc Brusseau est un homme doux et posé. Mais sous cette sérénité se cache un esprit en perpétuelle quête, attentif au monde qui l'entoure et aussi au passé, cherchant comment assurer le lien entre les deux.

Ce personnage étonnant a plusieurs cordes à son arc, et il vise juste. Ingénieur de formation, il a été conseiller agricole. Il est aujourd'hui exploitant en Vendée, mais aussi professeur de lycée et réalisateur de films.

Si ses métiers semblent très différents, ils se rejoignent dans les documentaires qu'il réalise. «Mes parents étaient agriculteurs dans les années 50. Ils ont connu la traction animale, le transport en charrette, puis ils ont vécu l'arrivée des machines et toute l'évolution de l'agriculture.»

Ces révolutions et leurs répercussions sur le monde rural en général passionnent Luc Brusseau. Il a à coeur de les décrire dans ses films. L'idée du tout premier documentaire, réalisé il y a une douzaine d'années, est venue de la fermeture annoncée de l'école du hameau.

Luc Brusseau a rencontré enseignants, anciens élèves et écoliers pour qu'ils racontent l'histoire de cette école appelée à disparaître. Les filmer lui a donné du plaisir et l'envie de recommencer.

Une Trilogie

Depuis, il est parti sur des productions de grande envergure qui forment aujourd'hui une trilogie. «De la mine au four», «Du four au moulin» et «Du moulin au pain» retracent l'évolution des métiers et des techniques au cours des cent cinquante dernières années dans les fours à chaux, les moulins à vent et le monde agricole.

Chaque film est une véritable aventure qu'il mène de bout en bout. Il organise des réunions pour recruter acteurs et figurants, fouille les archives, écrit les scénarios, et repère les lieux de tournage. «Pour un film censé se passer au XIXe siècle, mieux vaut éviter les fils électriques dans le décor», souligne-t-il.

Il se fait aussi aider par des érudits locaux pour respecter les règles du patois vendéen. «Nous avons travaillé plusieurs soirées sur les dialogues, pour trouver le mot juste, la bonne intonation.» Il a parfois recours a des effets spéciaux et n'hésite pas à utiliser ses propres engins agricoles pour le tournage.

Parmi les personnes qui le contactent, certaines deviennent ses figurants. Pas moins de deux cent quatre-vingts pour «Du moulin au pain»! Ainsi, Emmanuelle Caillaud, institutrice dans la vie, est devenue Marie, fille d'aubergiste courtisée par deux meuniers, à l'écran.

Son visage est désormais connu en Vendée. 10.000 spectateurs l'ont vue dans les salles du département et même de la capitale, grâce à l'association des Vendéens de Paris, où le film a été projeté.

Figurants ou acteurs, tous sont bénévoles. «Je ne refuse personne. Tous ceux qui veulent venir, je leur trouve une place sur une scène de marché, de mariage. Ça permet aussi aux gens de comprendre comment on fait un film, de se rendre compte que, pour une minute de film, il faut parfois une journée de tournage.»

Le plaisir d'avoir participé à l'aventure fait office de cachet. Et après chaque film, Luc Brusseau réunit tous ceux qui y ont collaboré autour d'un repas festif.

Des outils pour transmettre

«De la semence au pain»

Le tout dernier documentaire de Luc Brusseau, «De la semence au pain», est un témoignage. Pas d'acteurs, ni de figurants cette fois. Le cinéaste met en parallèle images de jadis et d'aujourd'hui. Il montre comment le pain se fait avec les technologies les plus pointues.

«Je pars du travail avec des animaux tirant les charrues pour arriver aux machines guidées par satellite ou au semoir monograine», explique Luc Brusseau.

Devoir de mémoire

Le XXe siècle a révolutionné les pratiques et les outils agricoles. Luc Brusseau veut en conserver la mémoire. «J'ai les outils pour transmettre, précise-t- il, pour laisser une trace du monde qu'on a connu et qui a disparu. Et aussi pour montrer la façon dont on travaille en tant qu'agriculteur aujourd'hui.»

Pour commander ses films, naviguez sur le site dumoulinaupain.free.fr .

par Myriam Guillemaud (publié le 12 décembre 2008)