«Avec l’ensilage de 2018, regagner le niveau de production laitière permis par le maïs de l’an passé s’annonce difficile dans bien des situations, au risque de payer les derniers kilos de lait », estime Julien Jurquet, chef de projet nutrition des vaches laitières à l’Institut de l’élevage (Idele). Si des concentrés dits « de sécheresse » sont proposés sur le marché, leur utilisation nécessite toutefois des précautions.

Apporter des fibres

Car au-delà du risque d’accroître le coût alimentaire, remplacer du maïs - même en faible proportion de la ration distribuée - par un aliment concentré n’est pas sans risques pour le métabolisme des laitières. À quantité de matière sèche égale, ils sont moins encombrants qu’un fourrage grossier. « Une trop forte proportion d’aliment dans la ration conduit à des prises alimentaires importantes et par à-coups, pouvant engendrer un risque d’acidose ou de subacidose et des comportements déviants, analyse Julien Jurquet. Pour éviter une telle situation, il convient en premier lieu de substituer le maïs ensilage par un fourrage complémentaire comme l’ensilage d’herbe, l’enrubannage, le foin ou la paille. Cela permet d’apporter des fibres qui favorisent la rumination. Il faut également s’assurer d’une alimentation disponible tout au long de la journée, afin d’obtenir un fonctionnement régulier du rumen. »

Corriger la ration de base

Toutefois, même en travaillant à l’économie, l’équilibre entre énergie et azote doit être préservé. « Corriger la ration de base est toujours rentable, car c’est le point de départ de l’efficacité alimentaire, assure Loïc Quéméré, directeur technique chez Eilyps. C’est la condition sine qua non du maintien de la production laitière et des taux. Cela évite également l’apparition de problèmes métaboliques, d’immunité, et de reproduction. »

La complémentation est ensuite à raisonner selon les situations. Le maintien d’un haut niveau de production est dans certains cas nécessaire pour produire la référence du contrat laitier. « Si le coût de la complémentation est facile à calculer, il est essentiel de définir la performance de production à atteindre, en tenant compte du prix du lait », souligne Loïc Quéméré. Pour l’Idele, « avec une réponse moyenne de 0,9 kg de lait produit par kg de concentré distribué, les 1 000 l de lait doivent être payés au moins 50 € de plus que le coût de la tonne de concentré pour dégager une marge positive. » Si l’investissement dans la ration ne se traduit pas par l’augmentation escomptée du litrage dans le tank, « la stratégie est à reconsidérer pour ne pas dégrader les performances technico-économiques et donc, la trésorerie de l’exploitation », prévient Loïc Quéméré.

L’expert
« Surveiller de près le coût alimentaire » Lionel Vivenot, conseiller d’élevage à l’union laitière de la Meuse

« Nous conseillons aux éleveurs de ne pas dépasser 130 €/1 000 l de coût alimentaire. Ceci inclut les fourrages, d’éventuels coproduits, les concentrés, et le complément minéral et vitaminé (CMV), pour un objectif TP de 33 g/kg, et de TB de 41 g/kg en race prim’holstein. Avec des taux plus élevés - ce qui est parfois le cas cette année avec des ensilages peu acidogènes - on peut accepter un coût alimentaire sensiblement supérieur. Certains éleveurs faisant partie du réseau Écolait, animé par le Bureau technique de promotion laitière (BTPL) (*), obtiennent actuellement des coûts alimentaires allant de 100 à 130 €/1 000 l, lorsque le maïs de 2018 est associé avec de l’ensilage d’herbe en première coupe précoce, riche en cellulose très digestible. Les niveaux de production atteignent 27 à 31 kg par vache et par jour. D’autres éleveurs n’ayant pas suffisamment de cellulose digestible en stock vont commencer à distribuer de la pulpe de betterave surpressée en complément du maïs ensilage 2018. »

(*) 310 élevages au total.