Minisommaire

1.De la crèche au bus-garderie

- Un lieu de rencontre entre parents

- «Les espaces ruraux sont sous-équipés»

2.Chez la nourrice pendant la traite

3.Un jardin d'enfants dans le village

- La MSA aligne ses aides

4.Une aide pour les devoirs

- Menaces sur la maternelle à 2 ans

De la crèche au bus-garderie

La crèche parentale «Les bambins d'Aunis» a multiplié les services autour des enfants à la demande des parents.

Tout a démarré il y a plus de vingt ans. Quelques familles voisines et amies de Forges, une commune de 800 habitants en Charente-Maritime, se sont organisées entre elles pour se relayer et garder leurs enfants. «L'accueil des enfants s'est d'abord fait chez les familles elles-mêmes », raconte Dominique Cartier qui a suivi les pionniers et qui aujourd'hui s'apprête à travailler pour l'association en tant que salariée. «Puis, ils ont demandé à la municipalité la possibilité d'utiliser d'anciens locaux inoccupés.»

Dans l'ancien presbytère

La crèche s'est installée dans l'ancien presbytère de Forges et l'a peu à peu conquis, les parents assurant eux-mêmes certains des travaux d'aménagement. Elle s'est aussi étoffée avec l'embauche d'une directrice, Patricia Bailly. Aujourd'hui structurée en association parentale, « Les bambins d'Aunis » réunit 360 familles et multiplie les formules d'accueil des enfants. Les parents sont encore présents dans la crèche parentale, mais sont surtout impliqués dans l'administration de la structure et son évolution. Parallèlement, dix-neuf éducatrices ont été embauchées au fur et à mesure pour assurer un accueil professionnel et plus diversifié. Des conventions ont été passées avec la communauté de communes, qui s'étend sur deux cantons, ainsi qu'avec la Caisse d'allocations familiales et la Mutualité sociale agricole.

Un service ponctuel

A la crèche, les enfants de 3 mois à 3 ans sont toujours accueillis à temps complet tout au long de la semaine. La halte-garderie offre un service plus ponctuel, pour des mamans qui ne travaillent pas mais qui ont envie d'un peu de temps libre.

Un bus a été aménagé et passe une demi-journée par semaine dans les différentes communes des alentours pour offrir aux familles cette même possibilité de halte-garderie. Le bus dispose de couchettes pour les siestes des petits. Les autres activités se font le plus souvent dans les salles des fêtes que les communes mettent à la disposition de l'association. Une autre demi-journée hebdomadaire accueille à la fois enfants, parents et assistantes maternelles. «C'est un succès phénoménal. Certains se sentent isolés dans des petites communes où existent peu de structures d'accueil. Avant, ces liens se créaient à l'entrée des enfants à l'école. Maintenant, cela commence dès la halte-garderie…», commente Dominique Cartier. «Pour les enfants de 3 à 10 ans nous avons complété le dispositif grâce à un centre de loisirs sans hébergement pour les mercredis et lors des vacances scolaires et un accueil périscolaire avant l'ouverture ou après la fermeture de l'école.»

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Un lieu de rencontre entre parents

Juliette, la petite dernière des trois enfants d'Anita et Laurent Billeaud, agriculteurs à Vérines, fréquente chaque lundi le Bambins bus, comme sa soeur Agathe et son frère Paul avant elle. «Cela me donne un moment de liberté ou la possibilité de prendre des rendez-vous», explique Anita. «Et les enfants jouent avec d'autres enfants.» Anita apprécie encore davantage les rencontres entre enfants, parents et professionnels du vendredi matin. «C'est l'occasion de sortir de chez moi», se réjouit-elle. Elle participe avec sa fille aux activités proposées, terre, semoule, lecture, etc. «C'est vraiment très sympa. Depuis six ans, je n'ai manqué aucun vendredi…»

«Les espaces ruraux sont sous-équipés»

Les nourrices agréées représentent plus de 80% des modes de garde en milieu rural.

Olivier David, maître de conférences en géographie à l'université de Rennes, s'interroge sur le lien entre la présence de services sur le territoire et le développement local. Il a étudié l'accueil des jeunes enfants en milieu rural en s'appuyant sur les travaux du ministère des Affaires sociales et sur l'étude menée dans le cadre du programme Equal et portée par Familles rurales. « Les espaces ruraux sont sous-équipés. Il y a peu de places et la diversité de l'offre est limitée. Les familles ont peu de choix. Soit elles optent pour les assistantes maternelles qui représentent sur les communes de l'enquête plus de 80% des places d'accueil disponibles, soit elles ont recours à leurs parents ou à une nourrice non agréée. » Les enfants des agriculteurs sont traditionnellement gardés par le réseau familial proche. « Mais avec le développement de la double activité et le changement de mentalité des grands-parents qui aspirent eux-mêmes à profiter un peu de leur retraite, les besoins en mode de garde diversifiés se développent et diffèrent de moins en moins des attentes des urbains.» Les élus qui pour certains avaient négligé la question de la petite enfance, s'y intéressent pour retenir et attirer de nouveaux habitants. Les partenaires sociaux comme la Caisse d'allocation familiale et, depuis 2002, la Mutualité sociale agricole, encouragent le développement de places d'accueil notamment à travers le contrat «enfance» qui apporte des incitations financières conséquentes. «Les structures mises en place sont nouvelles, itinérantes. Elles sont souvent tenues par des associations appuyées par des municipalités, élargies au bassin d'accueil. Elles peuvent fonctionner entre plusieurs communes. La mobilisation autour de ces projets renforce le tissu associatif, crée des dynamiques et des emplois qualifiés non négligeables dans des petits bourgs. Mais les familles qui ont besoin de gardes permanentes ont toujours des difficultés. Et deux freins demeurent : la dispersion des populations qui engendre contraintes et coût supplémentaire et les marges de manoeuvre financières des communes très étroites.»

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Chez la nourrice pendant la traite

Parce que son exploitation est éloignée de son domicile, Pascale Guillemot confie sa fille pendant la traite.

Pascale Guillemot, maman d'une petite Morvane de deux ans, est agricultrice. Elle s'est installée en Gaec avec son mari et sa belle-mère sur une exploitation laitière à Ruffiac (Morbihan). La ferme se situe à 10 km de son domicile.

Une ancienne agricultrice

«Je trais une seule fois par jour, le matin ou le soir. Morvane suit le même rythme. Quand j'assure la traite du matin, je la dépose chez sa nourrice à 7h30 le matin et la récupère en fin de matinée quand le travail sur l'exploitation est terminé. Quand je suis de traite du soir, je la laisse à 17 h 30 pour la reprendre vers 19h30. Le mardi, elle y va toute la journée ce qui me permet de faire une grosse journée sur l'exploitation. Nous avons la chance d'avoir une nourrice qui accepte les horaires décalés», précise-t-elle. L'assistante maternelle exerçait le métier d'agricultrice et s'est reconvertie pour des raisons de santé. «Elle comprend mieux nos besoins.» Une autre des mamans qui confie son enfant à cette nourrice est également agricultrice. « En crèche, nous n'aurions pas cette souplesse. Et la structure la plus proche est à 15 km. La nourrice habite à 2 km sur le chemin qui mène à l'exploitation », ajoute-t-elle. La solution la plus simple aurait été de faire garder la petite par ses parents qui sont retraités dans le village où ils habitent. «Nous ne le souhaitions pas, ni pour eux, ni pour elle. Nous voulions qu'elle rencontre d'autres enfants affirme Pascale. Mes parents ou ma belle-mère me dépannent régulièrement lorsque nous travaillons le week-end ou durant les vacances. Depuis la naissance de Morvane, nous trayons une seule fois par jour le dimanche pour éviter d'avoir à la faire garder le dimanche soir. Les choses auraient été sûrement différentes si nous avions habité sur l'exploitation», admet Pascale. D'ailleurs, l'objectif est de se rapprocher de la ferme.

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Un jardin d'enfants dans le village

A défaut de maternelle, Milhars (Tarn) a créé un jardin d'enfants pour sauver son école.

«Nous avons créé le jardin d'enfants en 1996. C'était la seule solution pour maintenir la classe unique de notre école. Elle était menacée de fermeture car elle n'accueillait plus que 7 élèves. Nous n'avions pas d'école maternelle. Les bambins du village inscrits dans les maternelles alentours ne revenaient pas faire leur CP chez nous », se souvient Jean-Pierre Barrau actuel maire de Milhars petite commune de 260 habitants dans le Tarn. «Dès que j'ai été élu maire, nous avons mené la réflexion avec les parents de la commune, le relais d'assistante maternelle local «Ballon voyageur» et le collectif du Tarn membre de l'ACEPP Sud-Ouest (association des collectifs enfants parents professionnels du Sud-Ouest).

Des parents employeurs

La caisse d'allocation familiale, dans le cadre d'un contrat enfance, et le conseil général nous ont suivis pour les investissements. Nous avons rénové une classe pour accueillir le jardin d'enfants réservé aux enfants de 20 mois à 6 ans. Nous avons aménagé l'étage de l'école pour installer le dortoir et la cantine. » Eliane Lavagne de l'ACEPP connaît le pouvoir de mobilisation des parents: «Dans le milieu rural, les structures parentales et associatives se créent pour pallier les manques de moyens de garde des très jeunes enfants. A l'origine, il y a souvent des néoruraux mais les habitants du cru les rejoignent. Ils alternent la garde entre grands-parents et halte-garderie, crèche ou jardin d'enfants. Notre réseau qui est national, accompagne les parents qui se mobilisent, les forme en particulier à la gestion et à la fonction d'employeurs. » A Milhars, les tenants du projet de jardin d'enfants ont fait du porte-à-porte pour convaincre les parents: «Trois familles se sont inscrites la première année. Dix ans après, nous faisons le plein avec quatorze enfants inscrits et une liste d'attente de trois enfants. Notre classe unique, située dans le même local, est passée de sept à vingt et un élèves », précise le maire. Cette classe unique regroupe les élèves de la grande section de maternelle au CM2. « Les élèves de moyenne section maternelle rejoignent le matin la classe unique puis regagnent le jardin d'enfants l'après-midi. C'est aussi un lieu passerelle pour l'entrée à l'école », explique Delphine Cubaynes éducatrice de jeunes enfants qui assure la direction du jardin d'enfants. Elle est assistée de deux auxiliaires puéricultrices qui travaillent à temps partiel. Un mercredi sur deux les animatrices proposent un accueil gratuit et ludique aux parents, aux enfants et aux assistantes maternelles.

Le prix pour exister

Le maire n'envisage pas de fermer le jardin d'enfants pour demander l'ouverture d'une classe maternelle à l'éducation nationale : « Sans notre volonté, nous n'aurions plus rien. Cette structure répond à nos besoins et ne dépend pas de l'humeur changeante de l'Education nationale. » Pour financer le fonctionnement du jardin d'enfants, la Caf et la MSA versent la PSU (prestation de service unique). Depuis l'instauration de cette prestation, il y a deux ans, les parents versent, suivant leur revenu, entre 0,31 € et 2,37 € de l'heure. « Avant ils réglaient 20 € par mois. Malgré ce changement, nous n'avons pas de défection », constate Delphine Cubaynes.

(1) www.acepp.asso.fr

La MSA aligne ses aides

Depuis deux ans, les MSA mettent progressivement en place leur politique d'accueil des jeunes enfants pour arriver à parité avec les enfants dépendant de la Caf. En 2001, la moitié des caisses de la MSA ne versaient aucune aide financière aux familles relevant du régime agricole utilisatrices d'un mode de garde permanent. Deux caisses sur trois seulement versaient une aide à la halte garderie. La différence tarifaire entre les régimes était à la charge soit des familles, soit des communes. Aujourd'hui 7.834 enfants bénéficient du versement de la prestation de service accueil jeune enfants dont 41 % sont issus de familles d'exploitants agricoles.

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Une aide pour les devoirs

Retenus le soir par le travail de leur élevage, Gisèle et Gwénaël Postic ont embauché une assistante pour surveiller les devoirs de leurs filles.

Gisèle et Gwénaël Postic sont éleveurs de porcs à Saint-Thurio dans le Morbihan. Ils ont deux filles, Amandine, 11 ans et Mélodie, 8 ans. Leur élevage de 180 truies naisseur-engraisseur les occupe à plein temps. Il leur fallait absolument trouver une solution pour faire garder les enfants durant la période scolaire. Ils ont décidé d'embaucher une personne pour surveiller les devoirs.

Deux heures de soutien

Le matin, Gisèle arrive à dégager du temps pour préparer et emmener les filles à l'école. Le soir, elles rentrent par le car scolaire et, maintenant qu'elles ont grandi, elles goûtent seules. A partir de 17 h 30, une dame vient les aider à faire leurs devoirs, et à prendre leur bain. Elle prépare aussi le dîner jusqu'à 19 h 30 tous les soirs de la semaine sauf le mardi. Cette personne est employée par l'intermédiaire de l'association Aide familial populaire (AFP).

«Nous avons démarré ce système il y a cinq ans quand Amandine est entrée en CP. Le suivi scolaire est primordial », explique cette ancienne auxiliaire puéricultrice. Mais cela n'a pas été aussi simple. «J'ai sollicité une assistance sociale, mis des annonces à l'école d'infirmières de Pontivy, ville toute proche, sans obtenir de réponse, travaillé avec un premier organisme sans succès.» «Avec l'association je suis rassurée. C'est toujours la même personne qui vient. Lorsque nous arrivons du travail, les filles sont prêtes nous avons du temps pour elles avant qu'elles ne se couchent.»

Cette tranquillité a un coût: 16 €/heure. Mais ce choix, Gisèle et Gwénaël l'ont fait malgré les difficultés financières qu'ils connaissent sur leur atelier porcin.

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Menaces sur la maternelle à 2 ans

Les parents essuient de plus en plus de refus lorsqu'ils veulent inscrire leurs enfants de moins de trois ans en école maternelle.

En 2002, le ministère de l'Education nationale estimait que 100% des enfants de plus de trois ans étaient scolarisés et que 50% des enfants de plus de 2 ans scolarisables étaient en maternelle. Mais l'accueil des très jeunes enfants en maternelle devient de plus en plus difficile. Des syndicats d'enseignants, des associations de parents d'élèves et les défenseurs de l'école rurale s'en émeuvent. «La France était jusqu'à présent en pointe pour l'éducation des enfants à partir de 2 ans», rappelle Lionel Paillardin, éleveur de moutons dans les Hautes-Alpes et président d'Ecole et Territoire (1). «Dès cette rentrée, les inspecteurs d'académie étaient invités à attribuer le nombre de postes d'instituteurs par bassins de vie : le nombre de postes est attribué globalement en fonction du nombre d'enfants présents dans le bassin de vie. Les écoles rurales à petits effectifs et dispersées pâtissent de cette répartition mathématique. Et l'école maternelle non obligatoire est la première sacrifiée, en particulier l'accueil des deux ans. Cette année il sera considérablement réduit. Nous avons déjà beaucoup de protestations de parents qui remontent sur notre site. Et les 3 ans seront bientôt menacés. Suite à la protestation de ce printemps contre la loi Fillon, le ministère n'a pas été aussi loin que prévu. Ce n'est que partie remise. Depuis deux ans certains maires qui refusent l'école aux petits les orientent dans leurs structures multi-accueil qui acceptent les enfants jusqu'à 6 ans. Les communes et les parents paient alors en partie une charge qui devrait revenir à l'Education nationale».

(1) site : assoc.wanadoo.fr/ecole.et.territoire

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par Marie-Gabrielle Miossec, Myriam Guillemaud, Isabelle Lejas (publié le 5 août 2005)