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Dossier 3. Utiliser des outils pour vivre avec un prix volatil

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Volumes. L’encadrement de la collecte est toujours une piste réclamée par certains pour stabiliser les prix. © Claudius THIRIET

Des solutions telles que l’assurance marge ou revenu existent mais elles doivent encore faire leurs preuves.

La majorité des formules de prix continuera, au moins en partie, à intégrer les fluctuations des cours des commodités. Pour limiter leur impact sur les élevages, il est possible de recourir à des outils tels que l’assurance marge ou revenu, ou les fonds de mutualisation. Malgré un engouement récent pour l’assurance, en particulier de la part des politiques, elle n’est pas la panacée pour tous. « L’assurance sur le risque de production ne s’applique pas vraiment au lait », constate Jean Cordier, chercheur économiste à l’Inra. C’est l’effet ciseaux entre coût et prix du lait qui fragilise les éleveurs. Or « les assurances ne sont pas très adaptées aux aléas sur la marge, contrairement aux aléas climatiques », explique-t-il. Aux États-Unis, les éleveurs engagés dans le système d’assurance de la marge laitière sur coût alimentaire, le « Dairy Margin Protection Program », ont fortement réduit leur niveau de couverture en 2016, visiblement peu convaincus par l’outil. Même chez les assureurs, cet outil de sécurisation du revenu des éleveurs ne fait pas l’unanimité. Aujourd’hui, le leader Groupama ne semble pas vouloir se placer sur ce créneau.

Fonds de mutualisation

Le fonds de mutualisation est un outil prévu dans la Pac pour stabiliser le revenu. L’Europe propose des financements sous la forme de participations financières « fournissant une compensation aux agriculteurs en cas de forte baisse de leurs revenus ». Mais aucun État membre n’a adopté de tels fonds, bien que l’Italie, la Hongrie et la région espagnole Castille-León l’aient envisagée. « De nombreuses questions se posent sur la construction de ces outils », commente Jean Cordier. La mise en place de ces fonds est complexe, notamment par le choix des seuils de déclenchement, des références pour les pertes et des montants versés…

Selon la Confédération paysanne, « l’éleveur se couvre d’un risque qu’il ne devrait pas avoir », car « les aléas économiques ne sont pas vraiment des aléas mais des choix d’entreprises. » Le syndicat met en garde sur « un risque très fort que ces instruments tirent les marchés vers le bas, en offrant la possibilité d’aller encore plus vers des marchés concurrentiels. »

Un large panel de critères chez nos voisins

Allemagne Une jungle de modèles

Chaque laiterie fait sa cuisine entre alignement sur la concurrence et utilisation d’indices boursiers. Les structures locales expliquent en partie ces divergences.

30 centimes/kg sur les pentes bavaroises, 22 centimes/kg dans certaines plaines du nord : le marché du lait en Allemagne offre une large palette de prix. En Bavière, la densité des laiteries, et du coup la concurrence, est plus importante qu’ailleurs, et la production de fromages tient un grand rôle. Les disparités tiennent aussi au mode de calcul du prix de base versé aux exploitants. Les acteurs disposent d’une foule de modèles pour établir leurs contrats de livraison, selon leur segment d’activité : du plus simple, comparant les prix versés par la concurrence locale, au plus compliqué, incorporant des indices de marché selon une pondération propre à chaque laiterie. Par exemple, pour le lait de consommation, on observe l’évolution des contrats à six mois entre laiteries et distributeurs. Parmi les indicateurs les plus suivis, figurent l’indice élaboré par l’Institut d’économie de l’alimentation de Kiel (IFE), reflétant la valorisation du lait en poudre et du beurre, ainsi que les indices de la bourse de Leipzig, du Global Dairy Trade (GDT, le système d’enchères néo-zélandaises), les contrats Eurex compilés par les sociétés d’analyses des marchés ZMP et AMI. Toutefois, selon l’IFE, « depuis 2007, le prix du lait en Allemagne dépend à 80 % des évolutions sur les marchés mondiaux, par exemple en Océanie ».

Le modèle économique des coopératives se distingue des laiteries privées, mais elles ne veulent pas opérer en marge du marché. Leurs prix s’alignent donc sur ceux des privés. Pour aider les exploitants à surmonter la crise actuelle, certaines ont néanmoins reporté des investissements afin de soutenir les prix, ou puisé dans leurs réserves. Dans l’ensemble, les éleveurs considèrent porter à eux seuls les fluctuations du marché.

Luc André, à Berlin

Pays-Bas Un prix garanti calculé chaque mois

Le prix payé par la coopérative FrieslandCampina s’impose de facto. Il s’appuie sur les prix de quelques entreprises européennes.

En matière de formation du prix du lait, la situation néerlandaise est spécifique à plus d’un titre. Pour commencer, le prix est de facto fixé par la coopérative FrieslandCampina. Sachant que celle-ci absorbe 70 % de la production laitière des Pays-Bas, le marché s’aligne sur le prix garanti qu’elle paie chaque mois à ses 19 000 exploitants sociétaires. À noter aussi que ni le cours du lait en poudre sur le marché mondial, ni celui du beurre ne sont directement pris en considération. Le calcul de la coopérative se base sur le prix moyen du lait observé au sein d’un panel d’entreprises laitières situées en Allemagne, en Belgique, où des éleveurs sont affiliés à FrieslandCampina, et au Danemark, du fait de sa coopération avec sa consœur danoise Arla. Une correction de cette estimation de prix peut intervenir le mois suivant et un ajustement annuel est possible.

D’autres éléments font partie intégrante du prix garanti, comme les primes selon les quantités livrées ou la saisonnalité (23 €/1 000 kg de lait sont versés de mars à juin, et 24,50 € entre août et novembre.

Les risques liés à la conjoncture mondiale, comme les fluctuations monétaires, sont fortement réduits du fait du rôle d’amortisseur assuré par la coopérative. Par ailleurs, la distribution d’une partie des bénéfices permet aux adhérents de faire face à d’éventuelles pertes. De fait, seul un petit nombre d’éleveurs néerlandais disposent d’une couverture auprès d’un assureur prenant en charge leurs pertes d’exploitation.

Didier Burg, à Amsterdam

Irlande Le mix-produit et les voisins

Tous les mois, chaque coopérative fixe son prix en s’appuyant surtout sur ses propres ventes et les tarifs appliqués par la concurrence.

En Irlande, tous les acheteurs sont des coopératives. Le prix se décide donc au sein des conseils d’administration, lors de réunions mensuelles entre les élus et leurs équipes. Il est acté pour le mois précédent, en s’appuyant sur le résultat des ventes de la coopérative. Ce prix, qui est une péréquation selon le mix-produit de l’entreprise, est ensuite influencé par ceux décidés par les coopératives voisines.

Dans une moindre mesure, les décideurs tiennent aussi compte du contexte général des marchés laitiers. Pour cela, ils s’appuient sur des éléments tels l’indice PPI, calculé chaque mois par Ornua (ex-Irish Dairy Board, l’union de coopératives chargée de l’export). Ce PPI est en hausse depuis juillet, après une chute quasi ininterrompue à partir de février 2014. L’évolution des enchères du GDT, des données de l’Observatoire européen, de la météo, etc., peuvent aussi peser à la hausse ou à la baisse. Ainsi, en 2015 et 2016, les coopératives ont souvent payé un peu plus que ce que le marché permettait, car elles ont clairement pour mission de soutenir leurs membres.

Parmi les outils de gestion des risques, figurent des contrats à prix fixe d’une durée de dix-huit mois à trois ans sur tout ou partie de la collecte. Le numéro un irlandais, Glanbia, a lancé cette initiative en 2011. Depuis, d’autres coopératives suivent timidement. Aujourd’hui, 30 à 40 % de la collecte de Glanbia est ainsi engagée. Mais ce contrat implique que la coopérative signe un contrat de vente à prix fixe avec une partie de ses acheteurs, pour des volumes équivalents. Glanbia a également mis en place un fonds d’aide à l’investissement, Milkflex (lire La France agricole du 29 juillet 2016, page 15). Les prêts accordés sont destinés en priorité à des investissements productifs (cheptel, bâtiment...) et leur remboursement calé sur les fluctuations de prix et la saisonnalité de la collecte. Il est minoré, voire suspendu, si le prix du lait descend trop bas, et majoré quand le cours remonte. Enfin, la coopérative a annoncé une aide à la trésorerie de 55 millions d’euros sous forme de prêt à taux nul. E.C.

© Claudius THIRIET
© MARIE FAGGIANO POUR L'ELEVEUR LAITIER
© Photononstop
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Cet article est paru dans La France Agricole

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