Avec un nombre croissant de vaches à traire, la tentation est parfois grande de vouloir alléger le protocole de traite, pour réduire la charge de travail et gagner du temps. « Il est cependant nécessaire de comprendre les objectifs de chacune des étapes de la traite, de la préparation de la mamelle au post-trempage », assure Marylise Le Guénic, vétérinaire au pôle herbivore des chambres d’agriculture de Bretagne.

Avant la traite

La préparation de la mamelle permet de nettoyer et décontaminer la peau des trayons avant la traite. Elle favorise également l’éjection du lait. « Quand on supprime cette étape, on allonge le temps de traite par manque de stimulation de la mamelle. Le réflexe d’éjection du lait ne se réalise pas, et le temps gagné est moins important qu’espéré », affirme Marylise Le Guénic. Un simple essuyage peut être une alternative moins chronophage permettant de stimuler la mamelle. « Il vaut mieux privilégier la voie sèche plutôt qu’un essuyage humide, plus propice aux développements bactériens, précise Romaric Roux, du contrôle laitier du Jura. L’essuyage au papier ou à la laine de bois peut être une solution adaptée. »

L’observation des premiers jets est souvent perçue comme l’étape la plus contraignante. Elle permet pourtant de détecter précocement les mammites cliniques pour mieux les guérir, et de prévenir la contamination du tank par un lait fortement leucocytaire. C’est également un autre moyen de stimuler la mamelle. « Dans le cadre d’une simplification des pratiques, il est préférable de conserver au moins un moyen de stimuler l’éjection du lait, soit par la préparation de la mamelle, soit par l’observation des premiers jets », observe Marylise le Guénic.

Après la traite

Le post-trempage a pour objectif de détruire les bactéries présentes sur la peau des trayons après la traite. « Seuls les produits formant un film constituent une barrière physique contre les microbes d’environnement », précise la vétérinaire. Pour limiter le risque de l’arrêt du post-trempage, la désinfection des griffes après des vaches infectées ou douteuses est recommandée.

Mettre en œuvre la simplification de l’hygiène de traite nécessite d’établir des critères d’alerte (voir l’infographie ci-dessus). « Au moindre signal, quand la situation se dégrade, il faut accepter de devoir reprendre certaines pratiques, au risque de rallonger le temps de traite », conclut Marylise le Guénic.

Experte
« Réaliser un diagnostic complet » Anaëlle Remonnay, Conseil Élevage 25-90

«Depuis quatre ans, nous proposons à nos éleveurs le diagnostic de traite « Lactocorder ». Cette méthode permet de mesurer, pour chaque vache, le débit d’éjection du lait pendant le temps de la traite, et de tester le bon fonctionnement du décrochage automatique. Cette prestation évalue également la qualité du lavage de l’installation de traite. Nous pouvons ainsi vérifier l’efficacité des pratiques de préparation de la mamelle pour stimuler l’éjection du lait, prévenir les risques de lésions des trayons par la surtraite, et limiter la transmission de mammites via le matériel de traite. Autant de paramètres qui doivent être au point avant d’envisager une réduction des pratiques d’hygiène à la traite. Ce passage au crible des actions de l’éleveur et des réglages du matériel vient en complément du contrôle obligatoire « Opti’traite ». En effet, si ce dernier vérifie le montage, l’état et le fonctionnement à sec (hors traite) de la machine à traire, il n’en garantit pas un fonctionnement optimal durant le travail. »