Le leitmotiv de Philippe reste inchangé depuis son installation en 1993 à Macaye, dans les Pyrénées-Atlantiques. « Comme je ne peux pas agir directement sur le prix de base du lait, je cherche à maximiser la plus-value par les taux. » C’est aussi l’ambition de Patxi, qui s’est associé à Philippe en 2010. Avec une référence laitière de 600 000 litres sur 45 ha de SAU en zone de montagne et 4 ha de surfaces accessibles en sortie de bâtiment, le niveau de contraintes est important. « Pour produire un lait avec des taux élevés, nous aurions pu nous orienter vers une autre race que la prim’holstein, analyse Philippe. Mais, sur notre exploitation, il nous faut également faire du volume par vache pour contenir les effectifs. »

Le pari semble gagné. Sur l’année 2016, la moyenne d’étable affichait 11 000 kg par vache, avec un TP de 34,5 g/kg et un TB de 41 g/kg. Le tout avec une ration simple à base de maïs ensilage, de foin, d’enrubannage de regain et de paille. « Nous pourrions produire un lait riche avec des additifs ou des concentrés haut de gamme. Toutefois, c’est une stratégie coûteuse et dangereuse sur le long terme », estime l’éleveur.

Taureaux étrangers

C’est donc par la génétique que Philippe et Patxi ont construit le potentiel de leur troupeau, avec une exigence particulière dans le choix des taureaux d’insémination. « Nous écartons systématiquement les taureaux négatifs en taux, que ce soit le TB ou le TP. » Une stratégie qui n’a pas toujours été facile à tenir. « Quand je me suis installé, la référence matière grasse incitait à produire du lait riche en protéines pour faire de la plus-value, se souvient Philippe. Je disposais d’une référence matière grasse assez élevée, de 40,6 g/kg, qui me laissait la possibilité de poursuivre la sélection dans ce sens. Mais il n’était pas toujours facile de trouver un taureau génétiquement favorable en TB. »

Depuis, le choix des reproducteurs s’est étoffé, avec l’arrivée de la génomique, et les éleveurs ne se limitent pas aux catalogues français pour choisir leurs taureaux. « Nous utilisons l’index Interbull pour comparer les français aux étrangers. Les taux restent notre priorité. La génétique est un travail de longue haleine, alors il faut garder le cap dans le temps. » Une stratégie que Philippe juge gagnante. « La plus-value sur la paie de lait oscille entre 20 et 40 €/1 000 litres, selon les mois. C’est une réelle valeur ajoutée, surtout quand le prix de base est bas. »

L’expert
« Donner un coup de pouce à la matière grasse » Thierry Ménard, responsable technique chez prim’holstein france

«Au sein de la race prim’holstein, nous réfléchissons à la prochaine évolution de l’Isu pour donner un coup de pouce à la matière grasse. Il devrait être prêt courant 2018, au plus tard début 2019. Le caractère TB est très héritable. Il faudra donc veiller à ne pas aller trop loin dans la pondération de ce critère. Le danger serait de se retrouver avec un nombre important de taureaux très favorables en TB, et d’avoir une offre peu diversifiée sur le plan génétique. Pour l’éleveur, il est judicieux de ne pas se focaliser sur un seul et unique caractère, et prendre en considération les corrélations génétiques. Par exemple, une sélection globale sur les fonctionnels est favorable aux taux protéique et butyreux. »