Pour accompagner des fusions d’exploitations laitières, Philippe Wallet, conseiller au Bureau technique de promotion laitière (BTPL), propose un travail en trois étapes.

Objectifs concrets. Dans un premier temps, il faut comprendre les attentes de chaque collaborateur vis-à-vis du projet commun », explique Philippe Wallet. Pour cela, il réalise des entretiens individuels. Il questionne également les objectifs et les valeurs personnels, notamment la vie de famille. Ensuite, une réunion avec tous les collaborateurs est organisée. « C’est l’occasion de mettre en évidence d’éventuels points de divergence et de vérifier que tout le monde en est conscient. Il est déjà arrivé que la conclusion de cette réunion soit le renoncement au regroupement », constate le conseiller.

Selon lui, la réussite de cette étape nécessite « d’aller jusqu’à du concret parce que, dans les grandes lignes, les éleveurs sont toujours d’accord. » Pour la rémunération par exemple, il est impératif de chiffrer le salaire attendu. De même pour le temps libre, il faut se donner des objectifs précis en termes de vacances, de week-ends et d’horaires du travail quotidien.

Organisation. Au cours d’une deuxième réunion, Philippe Wallet propose de définir les responsabilités de chacun. « On peut lister les différentes tâches dans un tableau et mettre en face le nom du responsable choisi. » La traite, les veaux, les génisses, l’alimentation, la reproduction mais aussi la gestion administrative : il est important de désigner un responsable par tâche pour « ne pas se marcher dessus, explique le conseiller. Quand un associé voit des chaleurs, il prévient le responsable qui appellera l’inséminateur. Ainsi, il n’y a pas d’hésitation, on évacue le risque que plusieurs associés appellent, voire que personne ne le fasse. » En clair, pour chaque situation que les éleveurs peuvent rencontrer, il s’agit de savoir ce que chacun a à faire. Se partager les responsabilités n’empêche pas d’être polyvalent. Mais être organisé permet de gagner en efficacité.

Règles de fonctionnement. « Il est primordial de créer un environnement favorable au travail en équipe : avoir un bureau spacieux, convivial et indépendant des habitations. » Pour le fonctionnement en tant que tel, l’idéal est de rédiger un règlement intérieur. On peut y inscrire les horaires de travail, des règles d’utilisation des véhicules professionnels, des règles de sécurité, en particulier pour les personnes extérieures à l’élevage.

Témoins
« Les attentes évoluent » Thierry et Géraldine reynier

En 2004, Thierry et Géraldine Reynier, du Gaec de la Gentilhommière, ont le projet de se regrouper avec leurs voisins Éric et Lucie. « On se connaissait, on travaillait déjà ensemble sur les chantiers d’ensilage », explique Thierry. Mais une association réussie requiert une bonne préparation. C’est pourquoi les quatre éleveurs se font accompagner par Philippe Wallet. Ils se décident d’abord pour un nouveau bâtiment, équipé d’un roto. Pour l’organisation du travail, ils se fixent quatre semaines de vacances et un week-end libre sur deux. Lucie précise qu’elle veut s’occuper de ses enfants le matin. La traite est donc fixée à 4 h 30, avec des binômes changeants : « Tout le monde trayait avec tout le monde à tour de rôle », explique Thierry. Ils accrochent un tableau dans la salle de traite pour se passer les informations sur les traitements, les chaleurs ou les vaches à problème… Ils se répartissent les autres tâches. « Éric était aux commandes de la conduite de troupeau, Géraldine et Lucie de la transformation et la vente à la ferme », des activités nouvelles pour Lucie. Quant à Thierry, il est responsable des cultures et de l’administratif. C’est également lui qui se rend sur les marchés trois fois par semaine. Une réunion hebdomadaire est organisée le lundi pour échanger sur la semaine passée et établir le planning de celle à venir. Elle se déroule chez Thierry qui reconnaît qu’« un lieu neutre, c’est vraiment ce qui manquait ». Pour la partie élevage, tout semble avoir été orchestré parfaitement car le regroupement des deux troupeaux n’a pas posé de problème.

Pourtant, en 2014, Éric et Lucie se retirent. Lucie avait dès le départ émis des réserves sur l’activité de vente. Pour Éric, ce sont les attentes personnelles qui ont évolué avec l’agrandissement de sa famille. Thierry et Géraldine conservent les 80 vaches et l’atelier de transformation avec l’aide d’une salariée, du service de remplacement et en déléguant certaines tâches.

Un regroupement d’élevages ne passe pas uniquement par un savoir-travailler ensemble. Il faut aussi se projeter sur les autres ateliers. En outre, les attentes des associés évoluent. Il est donc important de fixer des réunions plus exceptionnelles qui abordent le long terme.