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Dossier 2. Insecticides : raisonner l’emploi des pyréthrinoïdes

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Adultes. Les grosses altises occasionnent des morsures circulaires, perforantes ou non, de quelques millimètres dans le cotylédon et les jeunes feuilles. © Claudius THIRIET

Les attaques de grosses altises et de charançons du bourgeon terminal ont fait couler beaucoup d’encre cette année, d’autant que les résistances s’amplifient. Voici quelques rappels sur la stratégie à adopter.

Ces dernières années, la pression des insectes d’automne, grosses altises en tête, s’est largement accrue. La campagne 2015-2016, certes atypique, n’a pas été en reste. Entre les mois de septembre et d’octobre frais, qui n’ont pas favorisé la croissance des colzas, novembre et décembre extrêmement doux et une reprise très tardive, l’activité des adultes s’est prolongée et la pression des larves a atteint son paroxysme.

Deux types de résistance

« La gestion s’est avérée d’autant plus délicate que les populations d’altises d’hiver présentent des résistances aux pyréthrinoïdes », complète Terres Inovia. Le monitoring a donc été poursuivi afin de suivre l’évolution des résistances au sein des populations de grosses altises mais aussi de charançons du bourgeon terminal.

Sur grosses altises, il ressort que les mécanismes de résistance sont nombreux et que tout le territoire est touché. Deux types de résistance ont été détectés et expliquent le manque d’efficacité des pyréthrinoïdes. La plus répandue (mutation « kdr ») est présente dans le Nord, l’Ouest, le Centre et le Sud-Ouest. Le niveau d’efficacité des spécialités est compris entre 25 et 75 % (variabilité certainement due à d’autres mécanismes qui s’ajoutent). Dans l’Yonne, une partie de l’Aube, de la Nièvre et de la Côte-d’Or (voir carte), d’autres mécanismes de résistance sont présents : par mutation « super kdr » et par détoxification. Les populations de grosses altises sont alors très résistantes et les traitements quasi inefficaces.

Quant aux monitorings réalisés sur charançons du bourgeon terminal, ils ont mis en évidence des résistances bien installées dans le Centre et une partie du nord-est de la France (voir carte). « L’efficacité des insecticides est très variable selon les populations, précise l’institut. Des résistances « kdr » sont particulièrement présentes dans le Centre, l’Yonne, l’Aube et le sud-ouest de la Marne. » En revanche, dans le sud-ouest de la France, aucune mutation n’a été détectée.

Le phénomène de résistance à cette famille, utilisée depuis une quarantaine d’années, n’est pas étonnant mais Terres Inovia prévient : « Avec les pratiques actuelles qui utilisent très largement les pyréthrinoïdes à l’automne, une évolution vers une résistance généralisée à l’ensemble du territoire est en cours. »

Face à l’ampleur du phénomène sur altises et charançons du bourgeon terminal, il devient urgent de limiter leur recours car chaque intervention sélectionne des individus de plus en plus résistants.

Seuils d’intervention

Dans ce contexte, il faut remettre l’agronomie au cœur du système, en soignant l’implantation et en favorisant une croissance dynamique. L’idée est d’atteindre le stade 4 feuilles avant l’arrivée des ravageurs. En effet, un traitement contre les adultes de grosses altises pourra alors être évité. Mais si le colza se développe mal, il pourrait être confronté à ces petits coléoptères

En premier lieu, il est recommandé d’installer des cuvettes enterrées et de consulter les bulletins de santé du végétal (BSV) régionaux. Mais il faut surtout vérifier leur présence sur les parcelles, les dégâts d’adultes d’altises étant bien visibles (morsures circulaires de quelques millimètres sur les cotylédons et les jeunes feuilles).

Le seuil d’intervention est de 8 pieds sur 10, avec morsures avant le stade 4 feuilles. Terres Inovia complète : « En cas de levée tardive, après début octobre, la phase de croissance lente du colza dure plus longtemps et le seuil sur adulte peut être abaissé à 3 pieds sur 10 avec morsures. » Le traitement s’appliquera en soirée ou début de nuit compte tenu de la biologie de l’insecte. « Il ne faut pas intervenir avec des pyréthynoïdes, précise Laurent Ruck, responsable évalution des insecticides chez Terres Inovia. Le choix le plus judicieux est d’employer Boravi WG (Phosmet) à 1 kg/ha ou, en cas de rupture de stock, un produit associant une pyréthrinoïde et du chlorpyriphos, comme Nurelle D550 ou Géotion XL, pour diminuer la pression de sélection. »

Du côté des larves de grosses altises, qui peuvent être décomptées avec deux méthodes (lire l’encadré ci-dessous). Si les seuils sont atteints, l’institut recommande d’utiliser du chlorpyriphos + une pyréthrinoïde car ces molécules conservent une efficacité sur larves même si elles exercent une pression de sélection. Sur les zones où le niveau de résistance est très élevé (voir carte), Boravi WG à 1,5 kg/ha doit être utilisé ou à défaut du chlorpyriphos + une pyréthinoïde.

Les spécialités étant inefficaces sur les œufs et les larves, il faut viser les adultes de charançons du bourgeon terminal qui, discrets, pondent dans les pétioles à l’automne. Si les premières captures ont lieu en septembre, il faudra se baser sur les BSV et intervenir une quinzaine de jours après celles-ci. Si elles ont lieu courant octobre, le traitement sera alors réalisé 8 à 10 jours plus tard. En l’absence de résistance, les pyréthrinoïdes seules peuvent être utilisées. Autrement optez pour une association de chlorpyriphos + pyréthrinoïde. A noter : le traitement peut avoir une efficacité sur les larves d’altises.

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Traiter le puceron vert à l’automne

Le puceron vert essentiellement (Myzus persicae) est très redouté sur colza à l’automne. Il peut transmettre les trois virus qui affectent la culture. C’est aussi le seul des trois pucerons à manifester des résistances aux pyréthrinoïdes et au pyrimicarbe.

« Les néonicotinoïdes sont la seule famille qui reste efficace contre ces pucerons verts à l’automne, précise Terres Inovia. Ils doivent être réservés exclusivement à cet usage. » Il est conseillé d’utiliser un néonicotinoïde seul. Les associations néonicotinoïdes + pyréhrinoïdes sont à réserver aux situations où il y a concomitance entre la présence du puceron et d’un autre ravageur, le pyréthrinoïde n’ayant aucun effet sur pucerons verts.

Les néonicotinoïdes en végétation restent la seule famille efficace. © Claudius THIRIET
Deux méthodes pour évaluer la présence de larves d’altises

La méthode Berlèse détermine précisément le nombre moyen de larves de grosses altises par plante. Elle consiste à prélever au minimum une trentaine de plantes de colza (6 x 5 plantes consécutives) et de les poser sur un grillage, au-dessus d’une cuvette contenant de l’eau savonneuse ou alcoolisée. Placé dans une pièce ventilée à 20 °C minimum, ce dispositif permet, au bout de quelques jours, de comptabiliser les larves qui tombent dans la cuvette d’eau en sortant de la plante qui s’assèche. Le seuil d’intervention est de 3 larves par pieds.

Concernant la dissection, il faut prélever une vingtaine de plantes et disséquer les pétioles afin d’observer la présence de larves et de galeries. Dans ce cas, le seuil est de 7 pieds sur 10 touchés.

Règlements

L’utilisation de produits contenant du chlorpyriphos seul ou associé est limitée à une application de produit commercial par an. Attention à la mention de Pyrinex ME : « Ne pas appliquer ce produit ou tout autre contenant du chlorpyriphos-éthyl ou méthyl plus d’une fois par an sur une même parcelle. » Boravi WG (phosmet) peut être appliqué deux fois sur une même parcelle à 7 jours minimum d’intervalle. Seuls Nurelle D550, Nurelle D550 et Pyrinex ME sont recommandés à l’automne par les firmes.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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