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Dossier 1. Implantation : rechercher une croissance automnale dynamique

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Roulage. Refermer le lit de semences après chaque passage conserve l’humidité du sol. © Claudius Thiriet

Des colzas bien implantés, capables de produire une biomasse comprise entre 1 et 1,5 kg/m² sont la meilleure parade aux insectes.

Lors de la dernière campagne, les insectes d’automne ont été une nouvelle fois très présents sur colza, avec des dégâts parfois conséquents. Les méthodes de lutte classique basées sur le piégeage, l’observation et les traitements insecticides ne suffisent plus. « C’est la raison pour laquelle, il importe de miser sur la qualité d’implantation du colza, en cherchant à obtenir des plantes robustes à croissance automnale dynamique et régulière », déclare Gilles Sauzet, ingénieur Terres Inovia au Subdray (Cher).

Tout doit être mis en œuvre pour obtenir une levée rapide avec une bonne structure de peuplement et un enracinement puissant. « La future performance du colza se joue dès l’interculture, poursuit Gilles Sauzet. Il convient de garder en tête le calendrier d’arrivée des insectes, qui conditionne les différentes étapes des travaux en amont. Par exemple, dans l’Est, les grosses altises arrivent vers le 15 septembre, le 20 dans le Centre. L’idéal serait que le colza soit à quatre feuilles, stade à partir duquel il peut supporter les prélèvements foliaires des adultes. Dans les argiles et les argilo-calcaires, cela implique une levée au 1er septembre, et donc des semis terminés au 25 août. Dans des milieux plus faciles pour le colza, de type limon argileux ou limon sableux, la date de semis sera reculée jusqu’à début septembre. »

Obtenir une levée rapide, c’est aussi profiter de séquences climatiques favorables. Quand on regarde la fréquence des pluies dans différentes régions, il apparaît, par exemple, que le dernier travail profond devrait être réalisé au plus tard le 5 août à Châteauroux et le 10 août à Niort, pour bénéficier plus tard du stockage de l’eau sous le lit de semences.

Conserver l’humidité

La réussite de la levée puis de la croissance du colza est conditionnée par le travail du sol ou non durant l’interculture, et la gestion des résidus de récolte. Un test simple avec une bêche permet de juger du niveau de tassement et de l’état général de la structure. Le résultat détermine en partie le type d’intervention ou son absence, un travail superficiel ou profond. « Après les pluies de juin dernier et le passage des engins de récolte, les premiers centimètres sont parfois très tassés, constate Gilles Sauzet. Dans l’hypothèse d’un semis direct, la pression des disques devra être réglée en conséquence. »

En terrain argileux avec travail du sol, un décompactage des cinq premiers centimètres suffit le plus souvent. Deux passages d’un outil à disques ou à dents avec rappuyage systématique après coup affinent le lit de semences tout en conservant l’humidité sous-jacente. « Le danger d’assécher le profil est plus grand dans le cas du labour suivi de la herse rotative, prévient Gilles Sauzet. La porosité est importante dans les quinze ou vingt premiers centimètres, puis se réduit brutalement. Ces situations exposent le colza à une croissance irrégulière, qui devient alors plus sensible aux attaques de charançon du bourgeon terminal et de larves d’altises présents entre le 15 octobre et le 10 novembre. »

Utiliser tous les leviers

Quel que soit le travail du sol, les résidus de récolte sont impérativement répartis de la façon la plus homogène possible dans le profil en évitant les amas. Trop concentrée dans le lit de semence, la paille nuit au contact sol-graine et absorbe l’eau et l’azote en lieu et place du colza. En semis direct, la qualité de broyage de la moissonneuse est encore plus essentielle, ce qui n’exclut pas un passage de herse peigne destiné à briser les brins et à en améliorer la répartition.

Favoriser une croissance dynamique durant tout l’automne, avec des biomasses comprises entre 1 et 1,5 kg/m2 au 15 novembre qui réduit la nuisibilité des insectes, suppose de ne se priver d’aucun levier, y compris celui de l’azote. Parmi les différents moyens d’y parvenir, les apports organiques et l’association du colza avec des légumineuses figurent en bonne place.

« Dans les parcelles où cela n’est pas possible et quand la législation le permet, notamment en zone vulnérable, partout où l’azote peut être limitant, un apport de 30 unités avant le 31 août sur pailles du précédent enfouies couplé à du phosphore est un véritable atout. La protection insecticide arrive en dernier, comme simple complément de l’agronomie », conclut Gilles Sauzet.

Vincent Thècle

Associer une légumineuse au colza

« Cette année encore, les colzas associés à des légumineuses tirent leur épingle du jeu, avec des parcelles à + 6 q/ha sans traitement insecticide par rapport à une conduite classique avec insecticide d’automne », se félicite Gilles Sauzet. Cette technique innovante suppose toutefois de disposer de sols suffisamment propres en raison de la limitation de l’usage des désherbants colza, toxiques pour les légumineuses, qu’elle entraîne. Un semis plus précoce de 4-5 jours, parfois en deux passages lorsque l’agriculteur ne dispose pas d’un semoir à deux trémies et qu’il veut associer une plante à grosse graine (féverole), est recommandé. Les espèces précoces, gélives et qui ne sont pas susceptibles de transmettre Aphanomyces aux protéagineux récoltés sur l’exploitation sont à privilégier. De même, il est préférable d’opter pour un minimum de deux espèces afin d’assurer une association au colza en cas d’échec de levée d’un couvert.

« Dans une majorité des cas, nous constatons une augmentation de la biomasse produite à l’automne par les colzas associés, qui se traduit par une réduction significative des attaques de charançon du bourgeon terminal, constate Gilles Sauzet. Le taux de plantes buissonnantes passe de 50 ou 70 % pour des biomasses de 200 à 300 g/m² à moins de 10 % lorsqu’elle atteint 1 800 g/m². »

Témoin
Altises : un impact des plantes compagnes flagrant Stéphane Deniziot agriculteur à Obterre (Indre)

« Durant une quinzaine d’années, j’ai eu du mal à produire du colza. Dans mes sols, la minéralisation de l’azote est difficile. Pourtant, je cherchais des solutions pour donner de la vigueur aux plantes. Et alors qu’il s’agissait d’une culture de base sur mon exploitation, j’étais prêt à l’abandonner.

Finalement, j’ai téléphoné au Cetiom (NDLR : Terres Inovia) qui travaillait sur les plantes compagnes. Comme je suis curieux, j’ai testé différentes modalités sur la campagne 2009-2010. J’ai mis en place quatre bandes d’essais avec trèfles incarnat, violet, blanc et cameline dans l’idée de booster les colzas. Mais ça ne m’a pas totalement convenu et, après les résultats prometteurs publiés en 2011 par l’institut, j’ai semé la totalité de mes colzas avec de la féverole, de la lentille et du fenugrec. Puisque ce n’était pas encore satisfaisant, j’ai changé de mélange et désormais, à 1,5 kg/ha de colza, j’ajoute 50 kg/ha de féverole, 20 kg/ha de gesse et 6 kg/ha de trèfle d’Alexandrie, seule espèce qui n’est pas produite sur l’exploitation. Tout est mis dans la trémie du semoir à dents et comme les tailles des graines sont différentes, le mélange s’homogénéise.

Pour réussir, il faut semer un peu plus tôt. J’ai donc décalé mes dates d’une dizaine de jours, vers le 10 au 15 août. La levée est plus rapide et mes colzas sont plus vigoureux et présentent un bon enracinement. C’est d’autant plus vrai qu’en semis direct, ils sont implantés dans le frais.

En revanche, j’estime qu’il ne faut pas compter sur les plantes compagnes pour limiter les herbicides. Toutefois, la présence de ces légumineuses apporte près de 30 unités d’azote qui fonctionnent environ six semaines après le semis et alimentent le colza au moment où les grosses altises, principal ravageur d’automne sur l’exploitation, arrivent.

Si la présence de toutes ces espèces perturbe les insectes d’automne, pour moi, c’est surtout parce que les colzas sont boostés que l’impact des attaques d’altises est moindre. D’ailleurs, ce qui n’était jusqu’à présent qu’une simple supposition a été validé cette campagne : dans mes bandes témoins, sans plantes associées, le taux de plantes touchées est proche de 80 %, contre seulement 20 % environ pour le restant de la sole. Les pesées de matières vertes ont validé ces observations, avec respectivement 700-800 g, contre 1,3 kg. Peut-être vais-je pouvoir me passer d’insecticide à terme ? Quoi qu’il en soit, ça ne change rien en termes de date de récolte mais ce sont presque 10 quintaux de plus. Je suis de nouveau passionné par cette culture. »

Peuplement structuré

Un colza à croissance régulière s’obtient aussi en adoptant une densité de semis qui évite la concurrence entre les plantes. Pour un écartement entre rangs de 17 à 35 cm, une densité de 30 à 40 plantes/m2, soit 10 à 15 cm entre les pieds sur la ligne, suffit à atteindre le meilleur rendement. Pour des écartements interangs de 40 à 60 cm (semis au monograine), la densité descend jusqu’à 15 à 25 plantes/m2.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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