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Dossier 1. Configurer les cases « liberté »

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Différentes modalités de logement des truies libres en maternité existent. La station expérimentale de Guernevez en teste une.

La station expérimentale de Guernevez (Finistère) comprend deux salles bien-être de huit cases chacune. Celles de la nouvelle maternité (rénovée en 2015) mesurent 2,6 m × 2,40 m et possèdent une niche fermée de 1,20 m² à côté de l’auge. Le sol est constitué d’un caillebotis en plastique ou en métal. Il était auparavant paillé. La deuxième salle date des années 2000. Elle est constituée de cases simples sur caillebotis métallique avec un coin à porcelets. Dans les deux cas, la cage de contention s’ouvre des deux côtés du réfectoire pour libérer la truie.

Concernant la taille des cases , « il faut éviter de descendre en dessous de 6,50 m² », recommande Yannick Ramonet, des chambres d’agriculture de Bretagne. Or la tentation est grande d’optimiser la place pour réduire les coûts, qu’il s’agisse des cases ou des couloirs. En effet, les simulations économiques affichent un surcoût moyen de 33 % par rapport à une maternité classique. « Cette stratégie est compréhensible, mais le bâtiment risque alors de ne pas donner satisfaction, aussi bien en termes de bien-être pour l’animal que de confort pour les hommes qui y travaillent, assure Yannick Ramonet. Si les couloirs entre les cases sont réduits, les animaux seront moins faciles à déplacer et le travail s’avérera plus pénible. C’est tout le dilemme. »

Des équipements ont été mis en place pour réduire les écrasements.

Barres de protection : il est préconisé d’avoir des barres anti-écrasement en périphérie de la case. Elles permettent aux petits de se protéger lorsque la mère s’affaisse lourdement. À Guernevez, des parois inclinées permettent à la truie de se coucher plus facilement contre un support.

Nid à porcelet couvert ou niche : la stratégie est de jouer sur les différences de températures entre le nid et la salle pour favoriser l’occupation du nid par les porcelets, et donc de limiter le risque d’écrasement. Le système permet de bloquer les porcelets dans la niche, ce qui facilite les soins.

À Guernevez, le sol de la maternité rénovée est en caillebotis. La salle a été équipée d’un racleur pour évacuer les déjections. Un choix fait pour pouvoir distribuer des matériaux de nidification (paille), afin que les truies expriment leur comportement de nidification. Selon les modèles, les sols se composent souvent d’une litière paillée, associée ou non à un caillebotis sur une partie de la case.

Sécurité des intervenants. La libération des truies peut présenter un danger pour les porchers, en raison de l’agressivité des mères à cette période pour protéger leur portée. C’est l’une des raisons qui a amené à modifier le bâtiment en 2015, lequel était auparavant sur paille avec curage manuel. Sur caillebotis, le porcher a moins besoin de rentrer dans la case, ce qui limite le risque de contact direct avec la truie. Autre point positif à souligner : quand les truies sont libres, il n’est plus nécessaire de racler les déjections en maternité. Certains équipementiers proposent des barrières amovibles pour protéger le porcher lorsqu’il entre dans la case. « Aujourd’hui, les équipementiers affinent l’ergonomie afin d’assurer de bonnes conditions de travail », affirme Yannick Ramonet.

Lors d’un projet d’investissement, il n’est désormais pas rare de réaliser deux devis. « Ce serait une erreur de ne pas se poser la question. » Mais la réponse n’est pas simple. Dans tous les cas, c’est l’éleveur qui prend les risques technique et financier.

Un tiers plus cher

La station de Guernevez a chiffré les surcoûts liés au bâtiment « maternité liberté » à 33 % environ, liés à une surface par case plus importante et à des équipements spécifiques. Il faut compter 4 900 à 5 600 €/place en truie libre, et de 3 600 à 4 200 €/place en truie bloquée.

Une surface totale de case d’au moins 5 m2 est nécessaire, allant jusqu’à 9 m2 pour certains modèles. En deçà et au-delà, les risques d’écrasement augmentent. L’équipement de la case doit être plus robuste pour supporter le poids de la truie lorsqu’elle se couche. Des équipements spécifiques sont conseillés, tels les barres de protection ou les cloisons inclinées.

Témoin
« Une conduite à affiner au fil du temps » Serge Valais, associé de la SCEA Le Gouta à Carentoir (Morbihan) (1)

«En créant une maternité collective neuve à trois élevages, nous avons fait le choix de cases bien-être. Il était préférable de s’équiper dès la construction. Je suis persuadé que vouloir transformer une case traditionnelle en case bien-être reste du bricolage. Cela ne correspond jamais. Après des visites en Allemagne et au Danemark, nous avons opté pour une case carrée (2,40 m × 2,40 m), la plus petite du marché à l’époque. Nous avons optimisé au maximum la surface pour réduire les coûts, mais si c’était à refaire, je choisirais des dimensions un peu plus grandes. Les truies entrent en maternité huit jours avant la mise bas et sont bloquées deux jours avant. Au début, nous libérions les truies à 45 jours. C’était très compliqué. Nous sommes passés à 7, puis 10 jours désormais (15 jours pour des petits porcelets). Il est hors de question de débloquer tant que les soins au porcelet ne sont pas terminés. Il faut être vigilant. Les barres anti-écrasement sont indispensables. L’ouverture des cages reste une période à risque, avec plus de porcelets écrasés qu’en système traditionnel.

De plus, certaines truies sont très agressives pour protéger leurs petits. Pour autant, les conditions de travail sont agréables. Nous n’avons plus besoin de nettoyer les déjections dans les cases. Sans entrave, on observe mieux l’état de la truie, comment elle se comporte, et il est plus facile de détecter un problème. Les porcelets sont à l’aise pour téter. J’apprécie de voir les truies couchées au milieu des cases allaitant leurs petits sans aucun barreau. Elles sont très calmes, ce qui est peut-être dû à la lumière et/ou à l’ambiance dans le bâtiment.

Dans notre élevage, tout est nouveau, le bâtiment, le matériel, le cheptel, la main-d’œuvre… Nous n’avons pas encore assez de recul pour déterminer les conséquences directes liées à la liberté. Nous allons affiner notre conduite au fil du temps. »

(1) Trois élevages associés, avec trois salariés, regroupent 750 truies et 100 cochettes dans une maternité collective. Le bâtiment, à haute performance énergétique, comporte cinq salles de 36 places chacune.

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