« Je suis venu du Brionnais, de la France profonde. » Bernard n’a pas mis les pieds en France depuis cinq ans. Installé dans le Dakota du Sud, dans le Midwest des États-Unis, cet agriculteur franco-américain répond aux journalistes de France TV dans l’émission « 13 h 15 Le dimanche », diffusé le 1er novembre 2020. Quelques minutes après le début du reportage, ce « Français d’âme pour toujours » récupère dans sa boîte à lettres un exemplaire de La France Agricole du 18 septembre 2020. Tout en le feuilletant, il relate ses inquiétudes pour l’agriculture de demain.

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« La terre sera complètement infertile »

Malgré l’éloignement géographique, Bernard Barnaud garde toujours un œil sur ce qui se passe en France. « J’apprécie beaucoup La France agricole, qui me permet de suivre l’actualité en France et dans le reste du monde. C’est très important pour moi », nous a-t-il confiés par téléphone. Bernard Barnaud est un fidèle lecteur du journal, qu’il reçoit chaque semaine dans sa boîte aux lettres. « Depuis au moins dix ans », calcule-t-il.

Père de huit enfants et marié à une Américaine, Bernard explique à quel point il a eu de la chance d’être né « dans une région où il n’y avait vraiment pas de produit chimique, du tout. » Agriculteur 100 % bio comme il se définit face à la caméra, il déplore le fait qu’« on arrive à un moment où éventuellement la terre sera complètement infertile. Selon lui, ce sera invivable si on continue comme ça ».

Comparer les agricultures

Il poursuit en commentant les titres de l’exemplaire de La France Agricole qu’il tient en main : « Récolter des fruits par drones. Incroyable ça ! Ils sont d’avant-garde. » Cet abonné outre-Atlantique en profite pour comparer le modèle agricole français à celui des États-Unis.

« Le problème avec les US, c’est que vous allez à des marchés aux bestiaux, ce sont tous des personnes qui ont mon âge. Il y a très peu de jeunes qui restent. Donc, ce sont des fermes de 10 000 à 20 000 hectares, mais est-ce que c’est la solution d’avenir ? Je ne crois pas du tout. La solution d’avenir est de réduire tout ça, d’avoir plus de gens sur la terre. »

Même avec un emploi du temps bien chargé, Bernard prend plaisir à lire La France Agricole. « Je voudrais avoir davantage de temps pour tout lire, car je trouve que c’est un journal très complet. » La distance avec sa terre natale n’enlève en rien son intérêt pour l’agriculture française. Bernard a toujours des projets. Le prochain : introduire sur son exploitation de productions bovine et ovine, un troupeau de charolaises, un beau clin d’œil à ses racines.

Oriane Dieulot et Bertille Quantinet