« Les exigences des consommateurs ne sont pas en cohérence avec leurs achats », constate Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture (CFA), lors de l’assemblée générale du syndicat le 16 octobre 2019 à Paris.

À l’issue des Etats-généraux de l’alimentation en 2017, les filières avicoles affichaient l’objectif de reconquérir le marché intérieur français. « Mais comment concurrencer les viandes importées, dont les coûts de production sont bien plus faibles, comme au Brésil et en Ukraine ? Et comment répercuter le poids des investissements en élevage aux consommateurs ? », s’interroge le président de la CFA.

« Désintensification » des élevages français

Car le constat est amer. « Depuis 2012, la plus forte augmentation de la consommation de viande de volaille concerne le poulet standard, dont la moitié est importée », rapporte François Cadudal, économiste à l’Institut technique de l’aviculture (Itavi). Il relève notamment des conditions de production aux antipodes au sein même de l’Union européenne.

« En France, on observe un mouvement de désintensification des élevages, lié aux attentes sociétale. » Une tendance qui n’est pas sans poser de difficultés. « Cela réduit les possibilités d’accroître la production, notamment en raison des surfaces nécessaires pour l’élevage en plein air. » Un frein au développement que ne connaissent pas les pays de l’Europe de l’Est. « La production s’y accroît à grande vitesse. Les contraintes réglementaires et les attentes sociétales y sont moindres. »

« Étiqueter tous les produits alimentaires »

Alors que les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique ont annoncé le 15 octobre 2019 un projet de décret rendant obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande servie dans la restauration hors foyer (restaurants, cantines), Jean-Michel Schaeffer estime que cette démarche doit s’appliquer à « tous les produits alimentaires, de la distribution à la restauration. »

Ce projet de décret ne concernerait que les viandes crues. « Je trouve déplorable que nous ne puissions pas y intégrer les œufs et les ovoproduits, la viande de lapin ou le foie gras, souligne le président de la CFA. Ces produits ne font pas partie du règlement de base européen sur l’information au consommateur. Nous demandons que ce sujet soit rouvert à Bruxelles. Les consommateurs ont le droit de savoir quand ils mangent du lapin chinois dans un pâté produit en Bretagne ou un foie gras hongrois dans un bel emballage qui fleure le terroir du Sud-Ouest. »

V. Guyot