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La filière affiche son volontarisme

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Volailles
 - La filière affiche son volontarisme
© Cédric Faimali/GFA

Lors de l’assemblée générale de la Confédération française de l’aviculture (CFA), le 18 octobre 2017 à Paris, il a été question de montée en gamme indispensable pour enrayer la baisse de consommation, mais aussi des suites à attendre des États généraux de l’Alimentation (EGA).

Le président de la République a lancé un véritable défi aux filières agricoles, en leur enjoignant de construire des plans de filière avant le 10 décembre. Un « défi » que Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, « prend le pari de relever ». Et ce n’est pas Jean-Michel Schaeffer, président de la CFA, qui la contredira. Lors de son discours de clôture, il a réaffirmé que « la filière de la volaille a de l’avenir », et que « des projets de filière, on en a », et des « bien ficelés ! »

Spécialiser les outils

« La filière a deux objectifs. » Le premier est de reconquérir le marché intérieur, en particulier le segment de la restauration hors domicile (RHD) (voir l’encadré). Cela passera par « un équilibre à trouver entre une segmentation plus poussée et des produits standardisés », pour la RHD mais aussi les premiers prix en GMS. Pour cela, « il faudra spécialiser les outils industriels pour faire de « l’épicerie » pour la GMS, et du plus standardisé pour la RHD. » Le deuxième est la reconquête du grand export, alors que les concurrents brésilien, mais aussi ukrainien et russe, sont plus compétitifs.

Mais pour « réorienter et reconquérir les marchés perdus, il faudrait investir 1 milliard d’euros sur cinq ans pour a filière volaille de chair, pour les éleveurs, les accouveurs, les industriels et les abattoirs », dont deux tiers pour l’amont agricole (630 M€ pour les bâtiments d’élevage et 100 M€ pour la rénovation et la construction de bâtiments pour les reproducteurs), comptabilise-t-il. Et là, la filière a besoin de l’État. Jean-Michel Schaeffer demande qu’une partie des 5 milliards qui seront alloués à la fin des EGA, soient attribués à la filière avicole.

Dans la filière œufs, les besoins en investissement pour sortir des cages s’élèveraient entre 350 et 500 M€ sur 5 ans. Dans la filière cunicole, qui souffre d’un effondrement catastrophique de la consommation (-30 % en 3 ans), les besoins sont évalués à 85 M€ sur 5 ans.

L’enjeu des pertes indirectes

Parmi les autres sujets évoqués, il a évidemment été question de grippe aviaire. Jean-Michel Schaeffer a rappelé les coûts des deux crises successives : 600 M€, une moitié pour l’amont, l’autre pour l’aval, 12 millions de canards et 10 millions de volailles abattus ou non produits. Et pour construire des bâtiments d’élevage aux nouvelles normes de biosécurité, ce sont pas moins de 220 M€ qui devraient être investis.

« Sur le terrain, ce n’est plus tenable », alerte-t-il. Et maintenant que les maïs sont finis, il prédit une reprise des mobilisations. Pour calmer les troupes, il réclame une indemnisation des pertes subies après le 29 mai faute de poussins disponibles. Des pertes estimées à 29 M€.

Hervé Durand, le directeur adjoint de la DGAL, a essayé de rassurer les éleveurs en récapitulant les aides déjà apportées. Quant à la prise en compte des pertes indirectes, « les discussions continuent avec la Commission, et nous sommes attachés à obtenir le maximum ». Pas sûr que la délégation des Landes, très remontée, s’en satisfasse…

À la reconquête des marchés
© E. Casalegno/GFA
© E. Casalegno/GFA

Lors d’une table-ronde, les intervenants ont insisté sur l’évolution des gammes en poulet pour reprendre les parts de marché perdues sur le marché intérieur et sur le grand export.

Qu’il s’agisse d’Isabelle Leballeur, de la CFA, de Cyril Melin de Sofiproteol, d’Hugues Beyler pour la FCD (distribution) ou de Dominique Bénézet du SNRC (restauration collective), le constat est partagé. Le poulet français a reculé sur tous les fronts. La faute à son manque de compétitivité.

En France, les achats des ménages s’orientent à la baisse, rattrapés par le recul de la consommation de protéines animales. Et la nature de leurs achats évolue, se portant de plus en plus sur des produits élaborés – donc plus chers –, en parallèle d’une demande sociétale en termes de bien-être animal, environnemental, nutritionnel, etc., qui se renforce.

Face à cette montée des attentes sociétales, il sera nécessaire de « faire comprendre aux consommateurs que la qualité a un coût, et que la montée en gamme ne se fera pas à coût constant », soulignent unanimement les intervenants.

Si la consommation totale se maintient, c’est grâce au dynamisme de la restauration hors foyer, qu’elle soit collective (cantines, restauration d’entreprise…) ou commerciale (restaurants). « Un repas sur sept est désormais consommé hors du domicile, souligne Dominique Bénézet. Et sur ce repas, une moitié est en restauration collective, l’autre moitié en restauration commerciale. »

Or, face aux contraintes budgétaires des collectivités, le bas prix l’emporte. Et pour remporter les appels d’offres, la RHD importe la grande majorité des volailles depuis les États voisins (Belgique, Pays-Bas essentiellement), moins chers. « Aujourd’hui, près de 43 % de la consommation française de poulet est importée », a rappelé Pascale Magdelaine, économiste à l’Itavi.

Le grand export mis à mal

La situation est pire sur le front de l’exportation, où la France ne tient pas la concurrence face au Brésil, leader mondial, et à la Thaïlande en ce qui concerne le poulet entier congelé. « C’est intenable, il faut se différencier », souligne Cyril Melin. Pour sauver le débouché du Proche- et Moyen-Orient, les industriels seront contraints d’effectuer une montée en gamme, comme le prévoit Terrena pour sauver Doux. Il s’agira par exemple de proposer du bio, du conditionné ou de l’élaboré, pour lesquels la demande se développe aussi à l’exportation. « Le savoir-faire français est très reconnu à l’étranger, il faudra le valoriser à l’exportation. »

Montée en gamme nécessaire

Quel que soit le marché, la montée en gamme est donc nécessaire. Or, elle nécessitera des investissements très lourds. La filière en appelle donc à l’État. Pour Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, « cette montée en gamme doit s’accompagner de contrats ».

E.C.
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