Alors que le « supercycle de 2006-2014 » pour les matières premières s’est achevé, les filières agricoles doivent désormais faire face au « retour sur terre », a asséné Philippe Chalmin, président de l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires, en introduisant les « Entretiens de l’Observatoire », le 26 octobre à Paris. « Il faut s’habituer à vivre sans Pac et oublier la garantie des prix, a-t-il poursuivi. Nous sommes entrés dans un monde agricole marqué par l’instabilité des prix. »

Évoquant le « paradoxe français (des prix agricoles instables mais des prix des produits alimentaires stables), il a souligné « des ajustements difficiles à réaliser entre industriels et distributeurs, qui occasionnent des crises ». Face à cela, il conseille de développer des outils de gestion du risque « prix », comme des indicateurs de marchés fiables, des contrats à moyen terme, et une confiance à rebâtir dans les filières.

Constat mitigé dans le secteur de la volaille

Si l’on en croit les conclusions d’une étude sur « les relations commerciales entre industriels de la volaille et grande distribution » menée par l’Itavi, le constat est mitigé dans le secteur de la volaille. Pour des produits standards, « l’essentiel des volumes écoulés en grande distribution (GMS) sous marques de distributeurs (MDD) sont des marchés partagés, a expliqué Pascale Magdelaine, de l’Itavi. Tous les industriels travaillent avec toutes les enseignes, avec des cahiers des charges peu différenciés. » Les MDD pèsent plus de 50 % dans le rayon volaille (80 % en poulet Pac standard, 60-65 % en découpes standards).

Quelques exigences spécifiques existent, telles que des filières sans OGM en label rouge ou pour les marques de Carrefour, sans colorant ou sans additif pour certains élaborés… Des partenariats autour de MDD premiums ont également été créés, comme la « Filière Qualité Carrefour » avec les Fermiers d’Auvergne pour du poulet sans antibiotique, « Reflets de France » avec Blason d’Or, un partenariat Système U pour les produits Nouvelle Agriculture (pour tous les poulets U standards), un contrat Casino avec les Fermiers du Gers pour « Terres et saveurs », ainsi que des partenariats régionaux (Leclerc et Duc sur la dinde certifiée)…

Changement de stratégie

Pascale Magdelaine a souligné le « dynamisme actuel de la consommation de viandes de volailles » (en réalité, surtout le poulet) dans un contexte de baisse globale de la consommation de viande. Ce dynamisme « profite essentiellement aux importations ». Néanmoins, elle souligne que « la pression de l’importation est en recul dans les GMS ». Les enseignes « ont revu leur stratégie à l’importation », réduisant, voire stoppant leurs achats en Belgique et en Allemagne.

Elle explique ce changement de stratégie par plusieurs facteurs : « des efforts de rationalisation et de standardisation de l’offre des industriels français et une amélioration de la compétitivité, une amélioration du dialogue entre les parties, la mise en avant du logo “volaille française”, et une forte pression de l’opinion publique et des préférences des consommateurs en faveur de l’origine locale ».

« Ces améliorations sont fragiles », prévient-elle, car l’écart de compétitivité reste de 10 à 15 % par rapport à des concurrents belges irréprochables dans la qualité de leurs produits. Elle regrette également « la relation commerciale de mauvaise qualité et pas dans le long terme entre industriels et GMS », mais conclut sur une note plus optimiste en évoquant un mouvement récent vers « un redéveloppement de cahiers des charges innovants autour de la désindustrialisation des modes d’élevage ».

E.C.