Elle, son truc, c’était plutôt la mer. « Je voulais m’engager avec Seasheperd », confie Léa Dubost. Le monde agricole, cette Gersoise l’a découvert l’été, en faisant des petits boulots. Bien que végétarienne depuis ses 18 ans, elle n’avait rien contre l’élevage. C’est William Burkhardt, son compagnon depuis 2017, qui l’a convaincue de s’engager avec lui pour défendre la cause animale.

Il avait, lui, déjà fait des vidéos pour L214, comme free-lance, mais il voulait aller plus loin. À deux, ils commencent alors à se renseigner, à visiter des élevages. « Un jour on est allé chez un éleveur de cochons qui faisait de la vente en direct. On a découvert que l’engraissement était caché dans un bâtiment, à l’intérieur », se souvient Léa. Et c’est le décalage entre l’image d’Épinal du plein air et la réalité de terrain qui a attisé la colère de la jeune femme.

Mode opératoire

L’association a débuté comme une page Facebook, sous le nom de DxE France, par estime pour les actions de DxE dans les autres pays. « On appréciait le fait que les militants de DxE se montrent à visage découvert », explique Léa. Après avoir travaillé quelque temps avec L214, avec qui ils ont eu quelques différents, William et Léa ont déposé les statuts de leur association et se consacrent entièrement à DxE France depuis novembre 2018.

DxE est un réseau basé en Californie, dont le but est d’essaimer partout dans le monde, afin de supprimer la consommation de viande à l’échelle mondiale d’ici à 2040. La maison mère américaine a facilité le lancement de son satellite français avec de l’argent, et quelques éléments de méthodologie, mais Léa et William se considèrent aujourd’hui comme indépendants. « On fait ce qu’on veut, on a juste le nom », assure Léa. Ils sont tout de même actuellement en Californie, pour expliquer la manière dont ils mènent leurs projets au reste du réseau.

« On évite de prévenir les éleveurs, parce que si on [les] prévient, ils ont du temps pour nettoyer l’élevage », regrette William. Lui et Léa n’ont pas de région de prédilection. Ils naviguent entre Paris, les Pyrénées, au gré des opportunités, et des invitations. Ce qu’ils ciblent, ce sont les installations ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement). Ils les repèrent sur des cartes en ligne et font du repérage en voiture. La Coordination rurale, récemment, n’a d’ailleurs pas apprécié qu’ils publient ce travail, dénonçant « une campagne de communication erronée et stigmatisante ».

Montrer les dérives de l’élevage

Leur but, par ces vidéos prises illégalement, est de montrer les dérives de l’élevage. « Les éleveurs sont pris en étau entre des prix bas et des exigences de productivité. Nous voulons coopérer avec eux », assure Léa. William et Léa auraient d’ailleurs souhaité nouer des contacts en ce sens avec la Coordination rurale. La publication de la carte ralentira sans doute ce projet.

Quand on les interroge sur leurs liens avec l’industrie naissante de la viande artificielle, ils s’impatientent. « Nous, on aimerait bien qu’ils nous donnent de l’argent. Mais on ne les a pas attendus pour faire des enquêtes », grince William. S’ils sont tous deux devenus végans, expliquent-ils, c’est en regardant des documentaires, pas en se soumettant aux intérêts financiers de magnats californiens. La viande artificielle, d’ailleurs, ne fait pas vraiment envie à Léa. « Si je suis devenu végane, ce n’est pas pour manger de la viande de laboratoire ou des insectes », confie la jeune femme.

Au contraire de L214, leur association ne bénéficie donc d’aucun financement direct des grandes fondations américaines. Au départ, le réseau DxE leur a donné « 1 000 à 2 000 € », pour les aider à se lancer. Le père de William, lui aussi végan, a ensuite offert au couple environ 50 000 €. Plus récemment, enfin, il y a eu ce don de Lush, la marque de cosmétiques des millenials, à hauteur de 10 000 €.

L’ouverture comme cheval de Troie

« On est transparents, et on n’hésite pas à rencontrer du monde, pour expliquer comment on fait », explique Léa. La communication, nerf de la cause, serait toutefois plutôt la spécialité de William. « Le but, c’est d’avoir un million d’abonnés sur Facebook d’ici à la fin de l’année », annonce-t-il.

S’il revendique un véganisme non-sectaire, le jeune homme n’hésite pas, dans ses vidéos, à surfer sur la peur. Musique inquiétante, visages effrayés, commentaires étouffés par le dégoût : les vidéos de DxE ne montrent que la face sombre de l’élevage. « Pour les musiques, j’essaye de mettre la plus sobre possible. Mais quand on voit des animaux morts, on ne peut pas mettre des trucs joyeux non plus. On a évidemment un parti pris, c’est de montrer les dysfonctionnements », se justifie William.

Leur marque de fabrique : solliciter des personnes extérieures, comme Stomy Bugsy, Hugo Clément ou, plus récemment, le député Bastien Lachaud, afin de visiter avec eux les élevages, et de prendre la parole dans les vidéos. « On a besoin de gens connus pour faire des vues », reconnaît William. Léa, quant à elle, a un autre argument : « En fonction des profils, les gens ont des sensibilités différentes. Entre un vétérinaire, ou un artiste par exemple, le discours change. »

Polémique en cours

Pour contourner les portes fermées, les militants ont parfois menti, en se faisant passer pour des étudiants en agronomie, ou des acheteurs potentiels d’animaux. Car William et Léa savent bien que la plupart des éleveurs n’ont pas du tout envie de les accueillir. Étienne Fourmont, récemment, a encore refusé de les rencontrer.

La visite de Bastien Lachaud dans un élevage porcin, c’était à leur initiative. « Il accompagnait déjà notre travail depuis le début de l’année. Nous l’avons contacté par e-mail, et il a accepté », explique William. C’est le seul parlementaire qu’ils ont, à ce jour, sollicité. Ils l’ont repéré grâce à la note de 20/20 que lui a attribué par le site Politique & Animaux, créé par L214.

Concernant l’illégalité des procédés qu’ils emploient, ou la condamnation générale dont la vidéo du député a fait l’objet de la part du monde agricole, William et Léa invoquent la désobéissance civile. « Nous ne voulons pas mettre en tort les éleveurs. Ce que nous dénonçons, ce sont les pratiques imposées par les industriels. Ce sont eux qui ont incité les producteurs d’œufs à investir dans des élevages de poules en cage, sans prendre en compte le fait que les consommateurs sont aujourd’hui opposés à ce type d’élevage. »

Ivan Logvenoff