(article mis à jour vendredi 15 février à 19 h 30)

Le président de la société Spanghero, désignée par le gouvernement français comme principal responsable dans le scandale de la viande de cheval, a plaidé vendredi la bonne foi, et qualifié le ministre de la Consommation Benoît Hamon de « très léger » et « extrêmement imprudent » dans ses accusations.

« Le ministre Benoît Hamon a été très léger et s'est montré extrêmement imprudent en procédant aux annonces » jeudi, a déclaré Barthélémy Aguerre à une correspondante de l'AFP. « Il met en danger 300 personnes qui travaillent chez Spanghero sans aucune preuve ». « Pour retirer un agrément, il faut un danger sanitaire, là, il n'y en a pas. »

Le ministre Hamon a annoncé jeudi, après une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) que l'entreprise Spanghero, située à Castelnaudary (Aude), s'est rendue coupable d'une « tromperie économique » et sera poursuivie.

En conséquence, l'agrément sanitaire permettant à Spanghero de traiter de la viande est retiré avec effet immédiat, avait annoncé le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

Pour M. Hamon, Spanghero « savait qu'elle revendait comme viande de boeuf de la viande chevaline qui lui était arrivée avec l'étiquette douanière correspondante ».

« Nous, nous pensions que c'était du boeuf », a insisté vendredi M. Aguerre.

« Pour nous, le code à 8 chiffres identifiant les palettes incriminées, que la Répression des fraudes considère comme la référence douanière relative à de la viande de cheval surgelée, ne correspond pas à un code douanier, mais à un code d'article. Nous l'avons pris pour un code d'article et rien d'autre. »

« Si nous avions voulu frauder, on aurait changé ces étiquettes contenant ce code. Et nous aurions renvoyé les factures », a-t-il ajouté.

Selon M. Aguerre, Spanghero a même fourni aux enquêteurs « les éléments pour démontrer que ce code ne correspond à rien, [que] c'est un code d'article ».

Le président de Spanghero a de nouveau vendredi réfuté sur RTL toute responsabilité dans le scandale de la viande de cheval et soutient avoir été « grugé » par le trader qui lui a vendu de la viande congelée.

« Il n'y a pas eu de fraude ici. Nous avons commandé de la viande de boeuf, nous avons réceptionné au vu des documents de traçabilité de la viande de boeuf que nous avons réexpédiée », a-t-il martelé.

« Nous ne faisons que recevoir des palettes de viande congelée et nous les réacheminons dans l'état sans les déballer. [...] Il a été trouvé du boeuf et du cheval mélangés. Ce n'est pas nous qui avons congelé les palettes. [...] Cela prouve bien que nous ne sommes pas coupables. »

M. Aguerre certifie par ailleurs avoir payé ces palettes « au prix de la viande de boeuf ». « On savait que ce n'était pas du haut de gamme mais on peut trouver de la viande de boeuf à ce prix-là sur le marché », a-t-il dit.

Pourtant, Spanghero connaissait la nomenclature douanière différenciant viandes bovine et chevaline, ont assuré vendredi à l'AFP des sources concordantes, contrairement aux assertions de l'entreprise.

« Spanghero ne peut pas prétendre ne pas connaître la nomenclature douanière puisqu'il l'utilise sur ses factures », a affirmé à l'AFP une source proche de l'enquête.

« La nomenclature douanière est connue de tous les professionnels qui font des opérations d'achat de viande en Europe et hors Europe », a également confirmé à l'AFP Interbev, l'interprofession de la viande et du bétail.

« Par ailleurs, ils ont l'obligation de déclarer les échanges intracommunautaires en reprenant ces codes douaniers », explique-t-on encore à l'interprofession.

Une facture, que l'AFP s'est procurée, adressée par Spanghero à la société Tavola au Luxembourg, en date du 1er octobre 2012, fait explicitement mention de la « nomenclature douanière » 02020000 correspondant au boeuf.

Tavola a fabriqué les lasagnes frauduleuses pour Comigel, qui était le sous-traitant de Findus et de nombreux autres distributeurs.

Et tous les professionnels savent bien que les codes 0201 ou 0202 correspondent à du boeuf et que le code 0205 correspond à la viande de cheval, ajoute la source proche de l'enquête.

De son côté, le personnel de Spanghero a accusé vendredi le gouvernement de « condamner à mort » les 300 salariés et leurs familles en retirant son agrément à l'entreprise de Castelnaudary (Aude), selon un communiqué.

La décision prise par le ministre délégué à la Consommation Benoît Hamon et le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll « condamne à mort 300 personnes et leurs familles, sans compter tous nos partenaires », a déclaré Christophe Giry, directeur commercial de Spanghero, donnant lecture d'un communiqué élaboré avec le personnel lors d'un comité d'entreprise extraordinaire.

De son côté, le ministère de l'Agriculture a défendu vendredi la suspension temporaire de l'agrément sanitaire de l'entreprise Spanghero, au coeur du scandale de la viande de cheval, estimant qu'il s'agissait d'« une mesure juste et proportionnée ».

Cette mesure, annoncée jeudi, a été prise le temps d'identifier les manquements aux réglementations, selon le ministère. « Un retrait définitif aurait constitué une mise à mort », a déclaré un responsable à l'AFP, en réponse aux accusations du personnel de Spanghero qui a dénoncé une « condamnation à mort ».

« Nous comprenons l'anxiété des salariés de Spanghero victimes de la tromperie et nous ne voulons pas entrer dans une polémique avec eux, mais la mesure prise hier est proportionnée », a-t-il ajouté.

« Mais nous avons des éléments factuels précis concernant l'étiquetage des produits », arrivés avec un code douanier correspondant à la viande de cheval et réexpédié avec une étiquette « Boeuf origine UE ». Ce haut responsable du ministère a rappelé que la brigade vétérinaire se trouvait depuis vendredi matin sur place pour une expertise complète des procédures qui devra être rendue au ministre, Stéphane Le Foll, « en fin de semaine prochaine au plus tard ».

« Quand ils auront identifié tous les points faibles, ils proposeront des mesures de corrections : si l'entreprise et ses dirigeants sont capables de mettre en oeuvre ces mesures dans un délai court, l'agrément sera redonné », a-t-il poursuivi.

« Mais c'est à cette réserve près, sinon la confiance du consommateur ne reviendra pas. L'entreprise ne pourra pas reprendre son activité tant qu'elle n'aura pas corrigé ses points faibles », a-t-il insisté.

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