Le tribunal de commerce d'Arras a prononcé ce mercredi 22 mai 2013 la liquidation judiciaire du fabricant de lasagnes Fraisnor qui emploie une centaine de personnes, en redressement judiciaire depuis le 6 mars, après la crise dite de la viande de cheval.

Le tribunal a prononcé cette liquidation avec poursuite de l'activité jusqu'au 31 mai. La CGT a annoncé pour sa part son intention de bloquer l'usine, ainsi que « d'autres formes d'action dans les jours à venir ».

Avant la crise née de la découverte de viande de cheval à la place de boeuf, l'usine employait environ 110 personnes, dont une vingtaine de CDD, sortis de l'entreprise depuis.

« Le tribunal par sa décision donne raison à la mafia de la viande et cautionne le scandale des viandes de cheval », a regretté Christian Delépine, représentant de la CGT, à la sortie du tribunal.

Le syndicaliste s'en est pris à la direction « qui n'a pas fait preuve de la détermination nécessaire pour mettre en oeuvre une stratégie de développement industriel » et à son « refus de recapitaliser l'entreprise », mais aussi à l'Etat et aux pouvoirs publics.

La CGT a dénoncé le refus « obstiné » du tribunal de prolonger la période d'observation. Quant à la communauté urbaine d'Arras, elle n'a, selon le syndicat, pas tenu son engagement de racheter les bâtiments pour renflouer la trésorerie de Fraisnor.

« On a fait tout ce qu'il fallait pour essayer de sauver l'entreprise, jusqu'au bout, tout le monde, chacun à sa façon », a pour sa part déclaré le patron de Fraisnor Alain Leemans, également présent à l'audience.

« La dernière crise était de trop », a-t-il ajouté, soulignant notamment que la société avait passé la crise financière et la crise économique.

« Les clients à l'exportation nous ont très vite laissé tomber », a-t-il rappelé, et la production avait chuté subitement de 60 % après le scandale survenu au début de l'année.

Fraisnor avait été placé en redressement judiciaire avec une période d'observation de deux mois, à la suite de cet effondrement de ses ventes lié au scandale de la viande de cheval.

La société fabriquait chaque mois 700 tonnes de lasagnes fraîches, en majorité au boeuf et au porc, vendues dans toutes les grandes et moyennes surfaces françaises, sous marque de distributeur.

Depuis le 2 mai, l'usine qui se trouve à Feuchy (Pas-de-Calais), près d'Arras, est à l'arrêt, faute de matières premières. Une équipe avait pu travailler mardi, la veille de la décision du tribunal, ont indiqué la direction et les employés.

Certains voulaient même continuer jusqu'au 31 mai, à l'image de Malika, salariée chez Fraisnor depuis dix-huit ans. « On va aller rejoindre les chômeurs. Abandonner son emploi, c'est dur », ne pouvait-elle que constater, très émue.

Une poignée d'employés étaient présents au tribunal, qui ont accueilli l'annonce avec calme mais beaucoup d'émotion.

Sur le site de l'usine à Feuchy, le grand portail était fermé, et quelques palettes de bois brûlaient à côté.

« On avait encore un tout petit peu espoir », confiait Olivier Renaut, élu de la CGT. « Et on a l'espoir qu'un repreneur vienne, alors on surveille notre matériel jusqu'au bout. »