Les réactions syndicales n'ont pas tardé après le rendu, jeudi, des conclusions de l'Observatoire des prix et des marges dans la filière bovine, selon lesquelles il n'y aurait pas de gagnants, mais seulement des « perdants » (selon l'expression du ministre Bruno Le Maire).

« Les "perdants" ne sont pas tous égaux, monsieur le ministre », attaquent bille en tête les Jeunes Agriculteurs. Leur président, Jean-Michel Schaeffer, souligne que « beaucoup de questions demeurent à la suite de la présentation de ce prérapport qui semble vouloir placer tous les acteurs sur un pied d'égalité face à la crise, mais qui reconnaît toutefois que  les éleveurs sont les seuls à ne pas avoir pu répercuter dans leurs prix de vente l'augmentation de leurs coûts de production. »

« Nous suivrons de très près les prochains résultats de l'observatoire et surtout la concrétisation des promesses d'investissements faites en 2010 par les industriels et la grande distribution », conclut-il, alors que le syndicat appelle les éleveurs à « se prendre en main », à « se faire respecter », et à se tourner vers la contractualisation.

La FNB (Fédération nationale bovine) a rapidement réagi en soulignant que « les éleveurs ne peuvent qu'être stupéfaits » de l'analyse de l'observatoire, « contre toute logique et bon sens ». Selon la fédération, l'Observatoire s'est retrouvé floué dans son interprétation par les opérateurs concernés, les abatteurs et la Fédération de la grande distribution, qui « ne se sont pas faits prier pour fournir tous les alibis nécessaires » pour expliquer la hausse des prix constatés, et ainsi « masquer leurs gains de marges au détriment des producteurs ».

Pour les éleveurs de races à viande du Grand Massif central, ce rapport préliminaire, « rempli d'incertitudes, marqué par des données incomplètes d'ailleurs souvent fournies par les industriels et la distribution eux-mêmes, ne devrait pas amener le ministre à tirer des conclusions si hâtives afin de blanchir la grande distribution ».

Grâce à un « tour de passe-passe » et « à différents calculs et conversions obscures, la hausse de marges des industriels et de la distribution a été ''miraculeusement'' divisée par deux par les services de FranceAgriMer pour s'établir à a peine plus de 1 € ! Cette pratique visant à dédouaner l'aval de la filière est tout simplement honteuse de la part des pouvoirs publics ».

Pour la Coordination rurale (CR), ces résultats confirment que les producteurs sont « les parias d'un système économique dévoyé par la Pac, soumise à l'OMC, qui leur impose de vendre leur viande à un prix totalement déconnecté de son coût de production ». Elle estime que les pistes envisagées par le ministre de l'Agriculture (méthanisation, développement des exportations et contractualisation) sont des impasses.

La CR attend de l'Observatoire des prix qu'il rappelle que les agriculteurs ont « le droit de vendre eux aussi leurs productions aux prix qu'elles leur coûtent réellement à produire ».

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