Vincent et ses chèvres, Philippe et ses vaches laitières, ou encore Jean-François et ses allaitantes : ce sont 120 éleveurs qui sont concernés par cette fermeture. « L’autre cabinet le plus proche se trouve à Carcassonne. Le vétérinaire devra faire près d’une heure trente de voiture pour venir dans nos exploitations », s’agace Mélanie Vandecastelle, éleveuse de bovins allaitants.

Une réunion a eu lieu entre la région, le département et les communautés de communes concernées le 10 juillet 2019, mais elle n’a rien donné. « Les politiques demandent aux éleveurs de se débrouiller ! » dénonce Mélanie Vandecastelle. La vétérinaire fait déjà ses cartons, et le cabinet de Couiza fermera définitivement ses portes à la fin du mois.

Aucune consultation des producteurs concernés

« La chambre d’agriculture n’est même pas venue à cette réunion ! » accuse Mélanie Vandecastelle. Les éleveurs du cabinet avaient exigé la présence de l’un d’entre eux, mais la préfecture avait refusé, en expliquant que la chambre consulaire enverrait un représentant.

Juste avant cette réunion, le 9 juillet, les exploitants s’étaient mobilisés devant la sous-préfecture de Limoux. En plus des quatre tracteurs, et d’une bétaillère, de nombreuses autres voitures avaient fait le chemin. La direction de la protection des populations, le responsable des services vétérinaires et les représentants de la sous-préfecture avaient eux aussi refusé d’offrir la moindre garantie.

Une entreprise comme une autre ?

« Si on se retrouve sans personne pour un vêlage difficile, on ne va pas le supporter longtemps », regrette Mélanie Vandecastelle. Les collectivités rechignent pourtant à aider le cabinet vétérinaire, dans la mesure où son activité libérale ne représente pas un service public.

Or cet argument ne vaut pas dans les montagnes de l’Aude, selon Mélanie. « Que ce soient les vétérinaires, les médecins, ou les commerces, le peu qui nous reste dans les zones rurales, ce n’est pas du service public ! » Et Couiza ne représente malheureusement pas une situation exceptionnelle dans le département, ni dans la région. D’autres cabinets vétérinaires, croit savoir Mélanie, s’apprêteraient eux aussi à fermer.

Au-delà de l’aide que les collectivités ont refusé à la vétérinaire de Couiza, l’éleveuse et ses collègues exigent donc des réponses durables à ce problème. « Il faut une mise à plat du maillage vétérinaire, mais il faut aussi attirer des nouveaux praticiens. La plupart des vétérinaires qui exercent dans la rurale ont plus de 50 ans. Il faut donner aux gens les moyens d’exercer chez nous, en féminisant le métier, et en facilitant les conditions de travail. »

Ivan Logvenoff