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« L’e-commerce a une capacité à rebondir qu’aucun autre réseau de distribution n’a »

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Vente en ligne - « L’e-commerce a une capacité à rebondir qu’aucun autre réseau de distribution n’a »
Nicolas Machard, le fondateur de « Pourdebon », avec Julie Andrieu, la marraine de la plateforme de marché en ligne. © DR

Les producteurs de la plateforme de marché en ligne « Pourdebon » enregistrent dix fois plus de commandes depuis le début de la crise. Le point avec Nicolas Machard, son fondateur.

Enregistrez-vous une recrudescence de demandes d’adhésion de producteurs à votre plateforme ?

Nous avions 300 producteurs au 1er mars. Aujourd’hui, nous sommes à 315. Notre rythme d’embarquement s’est accéléré à raison d’une dizaine de producteurs par mois, au lieu des 4 ou 5 producteurs. La recrudescence de demandes est inédite. Des producteurs que nous rêvions d’avoir sur notre plateforme, mais qui, à l’époque, nous avait dit « non » sont revenus vers nous ces dernières semaines. Il travaillait avec des restaurants étoilés, de grandes tables. Mais ils sont confrontés, aujourd’hui, à des problématiques de stocks qu’ils n’arrivent pas à vendre. Nous sommes très contents de les accueillir. Beaucoup d’autres nous ont sollicités, mais une grande majorité n’a pu être retenue, parce qu’ils ne s’inscrivaient pas dans notre cahier des charges, ou qu’ils ne faisaient appel à la plateforme que pour écouler leur stock. Ceux-là, nous savons qu’ils repartiront demain. Nous voulons des engagements dans la durée.

> À lire aussi : Commerce en ligne : Une boutique numérique clé en main (31/03/2020)

Qui sont ces producteurs qui passent à l’e-commerce ?

Beaucoup des nouveaux venus n’avaient jamais envisagé l’e-commerce pour vendre leurs produits. Ils vendaient en circuits courts, sur les marchés, parfois à la ferme, ou auprès de restaurateurs. Aujourd’hui, ils comprennent que c’est un canal à ne pas négliger. Certains producteurs vendent d’ailleurs actuellement 100 % de leur production sur « Pourdebon ». Leur réseau a été réduit à néant du jour au lendemain. De fait, ils sont venus sur la plateforme. Ceux qui étaient présents avant la crise observent la même tendance que nous : ils enregistrent sept à quinze fois plus de commandes. Les viticulteurs connaissent par exemple de belles augmentations, mais bien moindres que les maraîchers ou les éleveurs de bovins et de volailles. Pour ceux chez qui, auparavant, nous pesions 15 % de leur chiffre d’affaires, aujourd’hui nous avoisinons les 100 %, sans quasi aucune perte de chiffre d’affaires.

Sur quels volumes il est souvent reproché aux circuits courts de n’admettre que les petits volumes ?

Les volumes explosent. Pour donner une indication, nous avons dû faire un développement spécifique sur le site pour permettre à des producteurs de vendre moins, ou plus précisément, de fixer une limite de commandes. Nous l’avons mise à 50 : au-delà de 50 commandes, les producteurs ne parviennent plus à suivre. « Moulins de Versailles », par exemple, vend de la farine sur la plateforme. Il met ses stocks à jour à 19 heures. Mais tous les soirs, à 21 heures, il doit fermer sa boutique : il vend deux tonnes de farine en deux heures. La farine fait partie des produits qui s’arrachent comme des petits pains.

Pensez-vous qu’une majorité d’entre eux continueront à vendre en ligne à l’issue de la crise sanitaire ?

Il est évident qu’il y aura un avant et un après. Dans l’approche générale, les producteurs qui ne faisaient pas du tout de vente en ligne auparavant nous disent envisager aujourd’hui de développer ce canal. Il existe une réelle prise de conscience que la vente en ligne est un moyen pour eux d’écouler leurs produits. C’est un réseau de distribution qu’ils doivent avoir parmi leurs réseaux classiques de distribution. J’en ai l’intime conviction : demain, après cette crise, nous pèserons dans les 15-20 % de leur chiffre d’affaires. Nous avons cette capacité à rebondir qu’aucun autre réseau de distribution ne peut avoir.

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Concernant les consommateurs, quelle tendance observez-vous ?

Les médias ont fait un énorme travail d’évangélisation de notre métier du jour au lendemain. Les producteurs sont mis sans cesse en avant. Sur Google, notre croissance de trafic est de plus de 300 %. Nous faisons ce métier depuis trois ans, sauf qu’avant les gens n’avaient pas le réflexe d’aller chercher les producteurs en ligne. Aujourd’hui, on connaît un afflux sans précédent, de nouveaux clients, en particulier du côté des personnes âgées. Nous en avions déjà beaucoup avant qui commandaient chez nous. Mais là, leur nombre explose.

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Propos recueillis par Rosanne Aries
Dans la pratique

« Pourdebon » crée des boutiques en ligne : il réalise l’ensemble des contenus en collaboration avec le producteur (photo, vidéo, texte). Les prix sont fixés par le producteur, il ne s’agit pas d’un site de revente. La plateforme gère toute la logistique, de la collecte chez le producteur à la livraison (sans contact) partout en France via Chronofresh. Il faut compter environ cinq jours pour être embarqué sur «Pourdebon», qui prend une commission de 25% sur les produits vendus. La plateforme ne sélectionne pas seulement les producteurs bio, mais tous ceux qui s’inscrivent dans une démarche de durabilité.

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