Lors du salon Biogaz Europe à Nantes (Loire-Atlantique), les acteurs de la filière se sont réunis. L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) a annoncé les projets d’évolution tarifaire, qui font grincer des dents. Ils dénoncent « un coup de frein » à un secteur encore en cours de développement. La DGEC souhaite agir pour stopper l’emballement de la filière.

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Chute brutale des tarifs

La décroissance des tarifs en fonction de la taille des projets va évoluer. Les projets d’installation avec une prévision d’injection de 5 GWh/an se verront attribuer un tarif d’achat de 122 €/MWh hors prime, soit une baisse de 10 % du prix.. Les projets de taille moyenne (de 10 à 20 GWh) sont ceux qui vont être le plus impactés par cette baisse, avec une chute d’environ 15 % des tarifs, (98 €/MWh hors prime pour une injection de 15 GWh/an). Cette mesure menace sérieusement la rentabilité de plusieurs projets. La DGEC a rappelé son envie d’appliquer le plus rapidement possible ces baisses de tarifs afin de stopper les signatures de contrat aux tarifs actuels, qui sortent du cadre budgétaire imposé par le gouvernement.

L’évolution prévue est une baisse de ces tarifs similaire à celle qu’a connue la filière photovoltaïque il y a quelques années. Il s’agit d’une diminution du tarif de 0,5 % par trimestre, qui sera modulable en fonction du rythme de signature de contrat. Si ce développement dépasse la valeur de 1,5 TWh/an, la décroissance des prix sera accélérée.

Les effluents d’élevage bonifiés

La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) évoque une modulation du prix de gaz en fonction de la nature des intrants. L’AAMF a en effet confirmé que le rapport entre les Cive et les effluents d’élevage va impacter le tarif de revente du gaz et que la prime P2 (qui valorise le retraitement de déchets et les Cives (2) à hauteur de 20 à 30 €/MWh) allait disparaître. La DGEC pointe du doigt les difficultés à encadrer et contrôler ces cultures et met donc fin à sa bonification, dont certains auraient abusé. Des modalités de contrôles des Cives sont en cours de discussion entre la DGEC et l’AAMF.

En revanche, les effluents d’élevage, qui génèrent des surcoûts et sont moins méthanogènes, seront revalorisés. Une prime va faire son apparition et augmentera de 10 €/MWh le tarif de rachat à partir de 60 % d’effluents d’élevage dans les intrants, et 5 €/MWH pour une proportion de 30 %.

Quelques bonnes nouvelles

Malgré le coup de frein à la filière annoncé par cette baisse brutale des aides, quelques évolutions sont saluées par l’AAMF. Ainsi, l’évolution de la mesure du Cmax (débit d’injection), auparavant calculé par mois, et désormais annualisé va permettre aux sites de produire en fonction de ce que le réseau peut absorber. Cette mesure entraînera l’optimisation de la production annuelle, et la modulation des aléas qui ne sera plus limitée à une valeur définie au préalable, et autorisera à rattraper les manques de productions des périodes de maintenance.

De son côté, Gaz Réseau Distribution France (GRDF) a émis une idée pour compenser la baisse de financements publics. L’évolution de la norme sur les bâtiments neufs RE 2020 impose depuis le 1er janvier aux maîtres d’ouvrage d’avoir une part de renouvelable dans le chauffage des bâtiments. L’installation de panneaux solaires thermiques ou de pompes à chaleur n’étant pas toujours facile ou accessible (en logements collectifs notamment), GRDF veut faciliter le lien entre ces constructeurs et le développement de la méthanisation. Ils financeraient ces projets pour combler leurs quotas insuffisants de chaleur renouvelable. Cette solution comblerait par des fonds privés la baisse du soutien imposée par le gouvernement.

Gildas Baron

(1) DGEC : Direction générale de l’énergie et du climat.

(2) Cive ou Cives : Cultures intermédiaires à vocation énergétique.