Quelques centaines de producteurs de tabac ont manifesté, mercredi, devant l'Assemblée nationale, à Paris, pour réclamer 15 millions d'euros d'aide à l'Etat en compensation de la suppression de 40 millions de subventions européennes.

Venus de plusieurs régions de France, les manifestants ont allumé des bottes de feuilles de tabac en face du Palais-Bourbon et fait éclater quelques pétards, encadrés par des barrières et des gendarmes.

Une délégation de producteurs a été reçue par des députés et devait rencontrer le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, en fin de journée.

« Nous avons évoqué des pistes que nous allons soumettre au ministre », a expliqué François Vedel, directeur de la Fédération nationale des planteurs de tabac (FNPT), qui menait la délégation.

« Bruxelles nous abandonne. Nous demandons à l'Etat français de prendre le relais et de nous donner 15 millions d'euros. Il va y avoir 700 millions supplémentaires de recettes fiscales avec l'augmentation lundi de 6 % du prix du tabac. Qu'on ne nous oppose pas la rigueur budgétaire », a-t-il affirmé.

Sur 1,5 milliard d'euros générés par l'augmentation, « les industriels qui ont 12 % de part de gâteau devraient percevoir, mécaniquement, un peu moins de 100 millions d'euros et les débitants de tabac, 70 millions. Nous, nous sommes exclus de ce dispositif », a-t-il déploré.

« C'est une question de survie pour nous mais aussi pour le monde rural car on emploie beaucoup de main-d'oeuvre », affirme Jean-Claude Minier, 56 ans, un exploitant de la Touraine.

La France compte environ 2.500 exploitations, « soit environ 10.000 emplois dont une grande majorité d'emplois saisonniers » pour les récoltes, selon la FNPT. La France est au trentième rang mondial sur 150 pays producteurs, avec 18.000 tonnes de production annuelle sur six millions de tonnes dans le monde (dont 3 millions en Chine).

De leur côté, les anti-tabac voient rouge. « L'argent pour la reconversion des tabaculteurs, pourquoi pas ? Mais sinon, pas question. Je n'ai pas envie de financer les mines antipersonnel et une arme de destruction massive. Le tabac, c'est quand même un milliard de morts attendus au XXIe siècle », fait valoir le président de l'Office français de prévention du tabagisme, Bertrand Dautzenberg.

Il dénonce en France « un plan pro-cancer, pro-tabac mené par le ministère du Budget sous les ordres de l'Elysée » qui vise les recettes budgétaires, en rappelant qu'une augmentation de 6 % n'est pas suffisante pour faire baisser la consommation de tabac.

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