Cristal Union a annoncé une perte nette de 99 millions d’euros (M€) pour la campagne betteravière de 2018-2019 (contre +49 M€ l’année précédente), lors d’une conférence de presse le 6 juin à Paris, à la veille de son assemblée générale qui se déroulera à Troyes.

Une première pour la coopérative sucrière qui assure toutefois « avoir absorbé la majeure partie de la baisse des marchés et ne l’a pas répercutée sur ses adhérents », a précisé Jean-Michel Sougnez, directeur financier du groupe.

Cristal Union explique sa volonté « d’assurer la meilleure rémunération possible aux planteurs (22,85 €/t de betteraves), alors que le marché rémunère autour de 17 euros la tonne actuellement. » « On a le mieux possible protégé nos planteurs », insiste Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union.

Baisse du cours du sucre…

Cette perte financière est le résultat de la baisse du cours du sucre en Europe et dans le monde, en raison de l’explosion de la production dans des pays comme l’Inde et la Thaïlande, conjuguée à la fin des quotas de sucre européens.

… et mauvais rendements

Les mauvais résultats sont aussi liés aux mauvais rendements betteraviers en France. Le groupe a ainsi produit 14,7 millions de tonnes (Mt) de betterave, en baisse de 17 % par rapport à la campagne précédente pour un rendement moyen de 12,3 t/ha, en baisse de 18 %.

Sur le plan financier, Cristal Union annonce un chiffre d’affaires de 1,7 milliard d’euros, en baisse de 16 %. L’excèdent brut d’exploitation s’établit à 10 millions d’euros grâce à la contribution des filiales.

Volonté de restructurer confirmée

Dans ce contexte, le groupe sucrier a confirmé sa volonté de restructurer son outil industriel. Il avait en effet annoncé à la mi-avril étudier la fermeture de deux sites, celui de Bourdon (Puy-de-Dôme) et de Toury (Eure-et-Loir), ainsi que l’arrêt partiel de l’activité de conditionnement à Erstein (Bas-Rhin).

« Les marchés s’améliorent actuellement, mais ils replongeront, considère Olivier de Bohan, président du conseil d’administration de Cristal Union. Nous avons donc pris une décision majeure [d’étudier la fermeture de sites] pour que Cristal Union soit plus fort demain. » La volonté du groupe est de pouvoir « aller chercher 2 à 4 €/t de betterave » en plus pour les planteurs.

« Toutes les études montrent qu’il n’y a pas de place pour Bourdon, appuie Alain Commissaire. Une grande partie des pertes de Cristal Union vient de cette sucrerie. L’usine produit 4 000 t par jour, c’est la plus petite d’Europe et elle n’a pas la capacité de se mettre aux normes, et on ne peut pas rallonger la campagne. »

Concernant Toury, le directeur général explique que c’est l’usine « la moins investie » parmi celles reprises à la Vermandoise, à la différence de celles de Sainte-Emilie (Somme), Pithiviers (Loiret) et Fontaine-le-Dun (Seine-Maritime) par exemple.

Appel aux planteurs d’Eppeville

Et le directeur général de Cristal Union de faire un appel du pied aux planteurs livrant à Eppeville (Somme), l’une des deux usines de Saint Louis Sucre (appartenant au groupe allemand Südzucker) menacées de fermeture, pour qu’ils livrent à Sainte-Emilie. « Nous sommes en capacité de récupérer 30 à 50 % des planteurs d’Eppeville », confie-t-il.

Selon lui, le site d’Eppeville est ancien, 15 000 à 17 000 ha ne pourront pas être livrés à Roye où la campagne ne dure que 110 jours. Soit les betteraves disparaissent, soit elles partent vers Cristal Union. Notre usine a la capacité de travailler 20 à 30 jours en plus, pour arriver à 120-130 jours de campagne, sans investissement important. »

Développer l’éthanol

Enfin, la coopérative sucrière explique vouloir développer le débouché de l’éthanol et de l’alcool de haute qualité pour la pharmacie par exemple. « Jusqu’alors nous n’avions jamais saturé nos usines. Cette année nous l’avons fait car il était plus intéressant de faire de l’éthanol et de l’alcool que du sucre. » Il y a une forte demande en E85 et E10. « Ce serait une bonne mesure de l’Union européenne de passer à l’E20 », considère Olivier de Bohan. « Nous aurons la capacité d’investir s’il y a un cadre clair au niveau européen », complète Alain Commissaire.

I.E.