Vous partagez deux réserves d’irrigation aménagées avec deux autres exploitations. Comment fonctionnent-elles ?

Nous n’avons pu les utiliser qu’une année. Les travaux ont débuté en août 2005, mais ont été arrêtés en janvier 2006 à la suite d’un premier recours. Le préfet a pris un nouvel arrêté et les travaux ont repris en 2013 pour se terminer à la fin de 2014. Nous avons alors stocké de l’eau et utilisé cette eau durant l’été 2015. Puis l’arrêté préfectoral a été à nouveau annulé en 2016.

Au total, ce sont donc trois autorisations qui ont été annulées. La dernière a été confirmée en appel. C’est maintenant au Conseil d’État de se prononcer vendredi prochain. Quatorze ans de procédure pour une année d’utilisation… Et nous continuons de rembourser notre emprunt.

En ce moment, les réserves sont pleines aux deux tiers. Nous subissons une sécheresse, nous avons 100 000 m³ d’eau stockée, mais pas le droit de nous en servir.

Où en sont les projets de réserve en Poitou-Charentes ?

On compte une centaine de réserves en projet dans six bassins de la région, pour un volume global de 35 millions de mètres cubes. Mais certains baissent les bras et abandonnent.

Tous les projets de réserve ont fait l’objet de recours de la part d’associations environnementales auprès du tribunal administratif.

Leurs recours portent sur deux choses, les AUP, les autorisations uniques de prélèvement, et l’aménagement des réserves. Toutes les procédures qu’elles ont menées, elles les ont gagnées. Aucun projet n’a pu aboutir. La seule fois où le tribunal a donné raison à un exploitant, il s’agissait d’un agriculteur qui avait aménagé sans aide financière une petite réserve individuelle pour irriguer des pommes de terre.

Avec le soutien que vient d’annoncer le gouvernement en faveur des réserves de substitution, l’avenir est-il plus serein ?

Dans les 60 réserves qui ont été mentionnées comme devant être réalisées figurent celles de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime. C’est rassurant, mais cela ne suffit pas. Nous n’avons aucune garantie supplémentaire. Prenons l’exemple des réserves prévues en Aunis et sur la Boutonne. Leur construction a été validée par des arrêtés préfectoraux à la fin de 2018. Mais ils ont été aussitôt attaqués au tribunal administratif.

Pour le syndicat mixte départemental, maître d’œuvre des réserves, la question est aujourd’hui de savoir s’il faut lancer les travaux, alors que nous ne connaissons pas les résultats des recours. C’est encore deux ans d’attente avant la décision du tribunal, voire plus s’il y a appel.

La loi sur l’eau est incomplète et imprécise. C’est ce qui mène aux contentieux. Il faut la modifier si nous voulons que les projets aboutissent et définir précisément ce qu’est le volume prélevable. C’est sur ce point que nous perdons, mais rien dans la loi sur l’eau n’indique comment le calculer.

Quelles sont vos relations avec les associations de protection de l’environnement ?

J’ai beaucoup discuté avec leurs adhérents lors des Assises de l’eau. J’ai expliqué que l’irrigation me permet de produire de la luzerne pour un voisin éleveur et qu’ainsi, lui n’a pas à acheter de soja OGM venant de l’Amérique du Sud. Je leur ai dit que mon assolement comporte une dizaine de cultures différentes. Ils me disent que c’est bien. Mais cela ne les empêche pas de faire des recours.

Propos recueillis par Myriam Guillemaud