Le club de réflexion de la sénatrice Chantal Jouanno (UDI), Ecolo-Ethik, a organisé vendredi un colloque intitulé « Nous et l'animal ». Il s'est déroulé devant 300 personnes, 500 postulants n'ayant pu trouver de place.

A la tribune de la salle du Sénat, les penseurs et ténors médiatiquement connus de la cause animale, Boris Cyrulnik, Mathieu Ricard, Elisabeth de Fontenay, Alain Bougrain-Dubourg, Yann Arthus Bertrand, Aymeric Caron et même Laurence Parisot se sont exprimés pour regretter le peu de cas fait en France des animaux traités (et maltraités) comme des « choses ».

Le tableau dressé tout au long de la journée sur la considération réservée aux animaux en France, était tout simplement apocalyptique.

Les intervenants ont tous rappelé que l'animal est un être sensible et qu'il ressent de la douleur. La frontière entre l'homme et l'animal a aussi été fréquemment remise en cause et les élevages hors-sol fustigés. « Il y a zéro considération pour les animaux dans les élevages industriels. A nous de défendre leurs intérêts », a proposé depuis l'Australie, Peter Singer, philosophe auteur d'un livre de référence intitulé « la libération animale ».

« Nous devons étendre notre altruisme à tout être », a expliqué Mathieu Ricard, moine bouddhiste, dénonçant que « tout s'utilise dans le cochon sauf le cri ».

Invitée surprise, Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef, n'a pas hésité une seconde à faire le parallèle entre le déficit de démocratie, le peu de respect entre humains et la trop forte séparation entre animalité et humanité : « Le combat démocratique passe par davantage d'égards entre homme et animal », a-t-elle déclaré sans sourciller. 

Yann Arthus Bertrand , végétarien de fraîche date, a osé : « Ne pas manger de viande , c'est ne pas manger de la souffrance. » Selon lui, il serait de bon ton de faire changer notre comportement vis-à-vis des animaux en commençant par l'école.

Au final, la qualité de la relation des éleveurs avec leurs animaux et les efforts incessants en faveur du bien-être n'ont pas été évoqués ou ont été écartés des débats.

Seul agriculteur à intervenir, lui-même éleveur bio, Étienne Gangneron aura eu plus que du mérite à tenter de faire entendre ce qu'est la réalité des éleveurs. Vice-président de la FNSEA, il a souligné la nécessité pour tout éleveur de bien traiter ses animaux. Il a rappelé que les textes répriment déjà les mauvais traitements aux animaux et reconnaissent son caractère sensible.

Tout en remettant ses propos dans une perspective raisonnable, Étienne Gangneron a ajouté : « Mes vaches ne sont pas mes amies. Dans mon métier, je réalise un équilibre entre les vaches, le besoin de fumure de mes cultures, mes productions. L'élevage, c'est le meilleur vecteur de valorisation de notre territoire. Vous vous demandez comment les éleveurs considèrent les animaux. Nous, on se demande comment vous considérez les éleveurs. Il y a les dispositions nécessaires pour faire respecter les animaux dans les textes. Et c'est très bien. Si le vote d'un statut est pour vous un symbole, les conséquences de cette adoption nous pousse à ne pas aller dans ce sens ». Selon lui, les conséquences d'une modification du code civil n'ont pas été évaluées.

Selon Chantal Jouanno, le système économique est tel que « ce qui est rentable, ce n'est pas le bien-être animal en raison de la pression pour produire une alimentation pas chère. Ce qui est rentable, c'est de faire du mal-être animal ».

Selon quelques informations diffusées dans la salle, des initiatives pourraient être prises dès la deuxième lecture de la loi d'avenir à l'Assemblée nationale.

Ecolo Ethik devrait présenter 20 à 25 propositions. « Nous allons prendre position », a conclu Chantal Jouanno. L'ancienne secrétaire d'Etat à l'Ecologie veut la nomination d'un médiateur qui s'assure de la bonne application des lois existantes. « Nous allons créer un groupe animal au Sénat. Les lobbies face à nous sont puissants. Mais plus puissants que les lobbies, il y a les réseaux », a-t-elle déclaré.

Sur le même sujet :

  • « Statut de l'animal : un risque d'excès de droits », paru dans le magazine La France Agricole, n° 3525, du 7 février 2014, pages 49-53
Marie-Gabrielle Miossec