« Je ne crains pas de me faire siffler, engueuler, a déclaré Stéphane Le Foll en arrivant au salon de l’élevage à Rennes. Je n’appréhende pas de rencontrer des agriculteurs. J’essaie de répondre aux urgences ».

Pourtant, après une rencontre à huis clos avec les représentants locaux et nationaux de la FNSEA à qui il a annoncé les seuils d’incorporation de viande dans les produits transformés, le ministre n’a fait qu’un passage éclair dans le hall des bovins. À peine entré, il s’est fait alpaguer pour deux éleveurs de la Confédération paysanne en colère qui l’ont interpellé sur le bilan du gouvernement : « on est abandonné. On n’a aucun moral. Vous vous débinez, ce sont des prix que l’on veut ».

À l’image de ces deux agriculteurs, l’ambiance dans les travées du salon était morose, les éleveurs semblaient abattus. Et si la colère pointait au passage du ministre, elle restait sourde.

Solutions de refinancement

Le ministre de l’Agriculture l’a martelé toute la matinée : « depuis trois ans, les crises se succèdent et à chaque fois, j’ai essayé de trouver des solutions : baisse des charges, simplification des ICPE… J’ai réussi à convaincre mes collègues européens pour à nouveau mettre en place une régulation laitière. J’espère un impact sur les marchés et les prix. Non, je sais qu’il y aura un impact sur les prix », s’est-il repris.

Stéphane Le Foll a aussi rappelé que serait présenté la semaine prochaine (ou la suivante), « un plan de soutien pour tous les secteurs, en particulier les céréales, car je n’oublie pas les difficultés des céréaliers ». L’annonce pourrait venir du Premier ministre. Les services du ministère de l’Agriculture travaillent au calibrage des mesures de garanties publiques pour aider à refinancer les exploitations en difficulté, avec également les banques et la banque publique d’investissement (BPI) pour que « chacun joue son rôle ». « Ces mesures ont un coût budgétaire, le problème est de trouver des garanties efficaces ».

Une visite sous le signe de l’environnement

Mais le ministre souhaitait surtout parler environnement, agroécologie et réchauffement climatique. « Il faut entrer dans une démarche positive et dynamique qui montre que l’environnement peut avoir un intérêt économique. En changeant l’alimentation du bétail, on peut réduire de 30 % les émissions de méthane ». Il n’a eu de cesse de le répéter, « l’agriculture est une partie de la solution au problème du réchauffement climatique, le stockage du carbone dans les sols est un enjeu majeur ». Stéphane Le Foll a annoncé qu’il travaillait à l’écriture d’un « petit bouquin » là-dessus. Et de fustiger l’intervention de la veille de Nicolas Sarkozy déclarant « il faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ». « C’est une grave erreur, a commenté Stéphane Le Foll, une erreur stratégique colossale ».

Arielle Delest