« Ce que l’on veut, explique Pam Snelson, c’est simple, c’est la fin des droits de douane. » Elle et son mari, Steve, sont à la tête d’une exploitation familiale de 2 000 ha en Oklahoma, dont 1 400 sont semés chaque année en soja, en rotation avec du blé.

Pour ce couple, les pertes liées à la hausse des droits de douane chinois sur le soja, retenue comme mesure de rétorsion aux droits de douane imposés par Donald Trump sur 34 milliards d’importations chinoises, pourraient se chiffrer à 30 ou 40 % de leurs revenus. S’ils ne parviennent pas à trouver des contrats en dehors de la Chine pour la campagne en cours, les Snelson devront passer par Consolidated Grain, un géant international des matières premières. « On arrivera à vendre, précise Pam, mais la question est de savoir à quel prix. »

Chacun fait comme il peut

Les nouveaux droits de douane n’auront pas le même effet sur tout le monde selon les prix fixés, ou les montants et modalités de crédits. Comme l’explique Wayne Fredericks, qui exploite 300 ha en Iowa dont la moitié en soja, « c’est à chaque producteur de faire ses choix ». Lui ne changera rien en termes d’assolement pour la campagne suivante, afin ne pas perturber la rotation avec le maïs. Une chose cependant est certaine pour cet exploitant : « Les jeunes qui viennent de reprendre des exploitations seront les plus touchés. Ce sont eux qui ont les crédits les plus importants. » Wayne Fredericks pourrait de son côté anticiper son départ à la retraite. « Nous ne sommes pas les seuls à être en difficulté, ajoute-t-il, les éleveurs de porcs sont eux aussi inquiets. »

Champs de soja dans l’Iowa. © Wayne Fredericks

« L’année prochaine, on réduira la surface cultivée, prévoit pour sa part Steve Snelson, et on ne fera pas d’investissements. » Les prix étaient déjà bas au début de l’année, et Steve n’a pas voulu signer de contrat de vente. Il regrette aujourd’hui ce choix. « On pensait que les prix remonteraient, mais ils ont encore perdu près de 55 euros par tonne avec les droits de douane. » Le prix sortie de ferme s’établit actuellement à 420 €/t, un niveau inférieur au coût de production. Steve sèmera donc plus de blé, dont les cours semblent repartir à la hausse.

Des réponses attendues avant l’automne

Aux États-Unis, la plupart des contrats concernant le soja sont négociés au début du mois de septembre. « Si nous n’avons pas obtenu de geste du gouvernement d’ici là, s’inquiète Wayne Fredericks, la situation deviendra plus grave. »

Du point de vue des producteurs, l’administration Trump dispose donc de six semaines pour montrer sa bonne volonté. Les exploitants attendent n’importe quel geste qui pourrait faire remonter les cours. Pour l’instant, les multiples déplacements des producteurs à Washington au cours des dernières semaines n’ont pas changé grand-chose à la situation. D’après les informations de M. Fredericks, « des négociations sont en cours entre Pékin et Washington », mais aucun élément n’a été à ce jour communiqué aux cultivateurs.

Le soja américain à l’assaut du monde

Après le pays du Soleil levant, les agriculteurs américains devront partir explorer de nouveaux territoires. « Certains des membres de l’association des producteurs de soja se sont déjà rendus en Indonésie, explique Pam Snelson, pour trouver des acheteurs. »

Pam Snelson et son mari cultivent 2 000 ha dont 1 300 de soja et 1 000 de blé en Oklahoma. © Snelsono

Wayne Fredericks était pour sa part l’un des premiers à aller en Chine, il y a plus de trente ans. « Mais nous avons dû attendre dix ans avant de vendre la moindre graine », explique-t-il. Aux États-Unis, grâce à des programmes d’accès aux nouveaux marchés, les producteurs ont des fonds pour créer la demande dans les pays étrangers. « Il faut accompagner nos partenaires potentiels, explique M. Fredericks, pour développer leurs filières animales, mais cela prend du temps. En Égypte par exemple, nous travaillons actuellement sur l’aquaculture. À terme, ces gens auront donc besoin de notre soja. »

Et que fera la Chine si elle ne peut plus trouver de soja sur le marché américain ? Pour Pam et Steve, la réponse est évidente. « Ils achèteront en Amérique du Sud, mais les brésiliens et les argentins ne pourront pas fournir assez de soja pour satisfaire tout le monde. » Après un détour par les ports de Santos ou de San Lorenzo, le soja américain continuera donc de nourrir les bêtes en Chine l’année prochaine.

Pam et Steve font partie de ceux qui ont élu Donald Trump. « On est déçus, confient-ils, mais on le soutient encore, comme la plupart des agriculteurs. » Si l’administration ne montre pas de signe d’ouverture pendant l’été, l’électorat rural pourrait cependant montrer son mécontentement à l’occasion des mid-terms de novembre.

Ivan Logvenoff