À la veille de la journée internationale de femmes rurales qui a lieu le 15 octobre, la délégation aux droits des femmes du Sénat a présenté un rapport intitulé : « Femmes et ruralité : pour en finir avec les zones blanches de l’égalité. »

70 recommandations

Huit rapporteurs, représentant chaque groupe politique du Sénat, se sont mobilisés durant dix mois pour élaborer ce rapport dont les 70 recommandations pour améliorer les conditions de vie des femmes rurales, ont été adoptées à l’unanimité.

Sept d’entre elles visent à lever les entraves au métier d’agricultrice en améliorant leur statut social, leurs aides à l’installation, l’accès au service de remplacement ou encore leur représentativité au sein des instances agricoles.

Des obstacles particuliers et des stéréotypes sexistes

Aux inégalités territoriales dont souffre le milieu rural, ce rapport met en lumière les difficultés et les obstacles particuliers que rencontrent les 11 millions de femmes qui y vivent.

« Nous sommes partis de l’agenda rural présenté par le gouvernement en 2019. Aucune de ses 181 mesures ne mentionne l’égalité entre les femmes et les hommes », a indiqué Annick Billon, la présidente centriste de la délégation aux droits des femmes.

Annick Billon remettra ce rapport du sénat à Joël Giraud, secrétaire d’État en charge de la Ruralité, et à Elisabeth Moreno, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes.

La mobilité au cœur des enjeux

« La question de la mobilité est revenue dans tous les thèmes que nous avons abordés, que ce soit l’accès aux soins, à l’emploi ou dans la lutte contre les violences conjugales », a souligné Marie-Pierre Monier, sénatrice socialiste de la Drôme.

La pénurie des transports publics ou encore les difficultés d’accès à des services de garde d’enfants adaptés « conduisent de nombreuses femmes à renoncer à une activité professionnelle », note le rapport.

Des opportunités professionnelles plus limitées

Si les femmes des territoires ruraux sont moins touchées par le chômage que celles des villes, elles sont plus souvent concernées par « des emplois de moindre qualité, précaires ou à temps partiel ».

Un quart d’entre elles travaillent dans les secteurs de la santé et du social, contre 11 % en ville. En milieu rural, l’offre d’emploi est orientée vers les secteurs à dominante masculine à 36 % (construction et agriculture), contre 21 % dans les communes urbaines.

Quant aux jeunes filles qui restent en zone rurale, elles ont un champ d’opportunités plus limité que leurs camarades des villes, et cela dans tous les domaines que ce soit les études, l’emploi, ou les loisirs.

Des avancées à concrétiser pour les agricultrices

La délégation a effectué un suivi de son rapport « Femmes et agriculture : pour l’égalité dans les territoires » publié en juillet 2017. Les sénateurs notent certaines avancées :

  • Une reconnaissance juridique accrue du travail des agricultrices ;
  • Une progression du nombre de filles dans l’enseignement agricole ;
  • Une progression des droits sociaux (revalorisation des faibles pensions agricoles, pleine application de la réforme du congé de maternité).

Toutefois, depuis dix ans, le nombre de femmes à la tête d’une exploitation stagne autour de 25 %. Et des faiblesses persistent : petites retraites (surtout pour les conjoints collaborateurs), difficultés du recours au service de remplacement, peu de présence dans les instances représentatives de la profession.

Veiller à une juste répartition des aides

La délégation formule sept recommandations en faveur des agricultrices. Tout d’abord, elle propose de limiter le statut de conjoint collaborateur à un maximum de cinq ans et de veiller à ce qu’aucune femme ne participe aux travaux de la ferme sans statut.

Elle suggère de lutter contre les stéréotypes de genre à l’œuvre dans le secteur agricole, de l’école primaire jusqu’à l’enseignement supérieur, de faciliter la création de réseaux de femmes et le recours aux aides pour les « nouvelles installées » ne remplissant pas le critère d’âge.

Elle prône l’instauration de quotas au sein des instances agricoles, de mieux informer les agricultrices sur leurs droits sociaux et d’adapter l’offre du service de remplacement à leurs contraintes.

13 départements dépourvus de gynécologues

Les sénateurs ont relevé que les difficultés d’accès aux soins pénalisent particulièrement les femmes. En effet, la désertification médicale touche les gynécologues (13 départements en sont dépourvus) et le nombre de maternités a été divisé par trois en 40 ans. Cette situation entraîne un renoncement aux soins et un moindre dépistage des cancers féminins.

La moitié des féminicides ont lieu en zone rurale

Près de la moitié des féminicides ont lieu dans les territoires ruraux alors que les femmes rurales ne représentent qu’un tiers de la population féminine nationale. Or la protection des victimes y est plus complexe en raison de leur isolement social et géographique, de leur insuffisante mobilité, du manque d’anonymat dans les campagnes et de structures d’hébergement adapté. Les femmes rurales sont sous-représentées dans les sollicitations des dispositifs d’aide (26 % des appels du 3919).

Un référent délégué à l’égalité dans les conseils municipaux

À partir de ces constats, les Sénateurs ont formulé 70 préconisations. Par exemple, ils plaident pour le développement des transports publics avec des arrêts à la demande, la généralisation de solutions de médecine itinérante et des téléconsultations gynécologiques.

Ils recommandent aux conseillers municipaux à désigner « un référent délégué à l’égalité » parmi leur équipe. Cet élu pourrait se former sur la thématique des violences faites aux femmes, mais aussi agir plus largement en leur faveur.

Par exemple, selon la sénatrice communiste de la Dordogne, Marie-Claude Varaillas, pour « aider les agricultrices dans leurs nombreuses démarches, car elles ne sont pas toujours écoutées quand elles vont à la banque ».

Aurore Cœuru