Étoile de Choisy, Touzelle, ou encore Blé des Yvelines : depuis 2017, les agriculteurs de l’Île-de-France sont invités à puiser dans la collection de blés de l’association Agrof’Île pour trouver leur bonheur. « Nous proposons une cinquantaine de variétés aux producteurs », explique Valentin Verret, chef de projet pour les grandes cultures chez Agrof’Île.

L’objectif, pour l’association, est d’aider chaque producteur à créer un mélange de variétés adapté précisément à ses terres, à ses pratiques, et à ses circuits de commercialisation. « Avec l’agroforesterie, les couverts, ou les associations de cultures, on entre dans des pratiques auxquelles les semences des catalogues n’ont pas été confrontées », estime Valentin Verret.

Chaque année, les producteurs intéressés choisissent une dizaine de variétés dans la collection, les sèment dans des parcelles d’expérimentation, et reversent une partie de la semence à l’association. « Actuellement, on est encore dans une période d’observation et de multiplication », souligne le chef de projet. Pour mener à bien ce travail, les variétés sont également semées dans des parcelles du parc des Lilas de Vitry-sur-Seine, en collaboration entre l’association et le département du Val-de-Marne.

Maxi-prix et microdébouchés

Les variétés sont peu à peu testées pour leurs capacités de panification. « Ce n’est pas tout de produire du blé, il faut que ça intéresse les boulangers », lance Valentin Verret. Mais le marché, assure-t-il, existe déjà, sous forme de microfilières locales.

Car blé de semence paysanne, pain naturel et circuit court forment un tout cohérent qui séduit les consommateurs. « Il y a un mouvement de boulangers qui travaillent différemment, et qui cherchent d’autres goûts », assure le chef de projet.

En contractualisant avec Biocer, la meunerie coopérative qui traite les céréales biologiques, certains exploitants du Nord-Pas-de-Calais parviennent par exemple à obtenir des prix de l’ordre de 600 € pour une tonne de blé issu de ces semences. « Ce tarif prend en compte le travail de sélection réalisé par l’agriculteur lui-même », explique Valentin Verret.

De la patience avant tout

Attention : s’investir dans les semences paysannes demande du temps. Selon l’Inra et le Réseau Semences Paysannes, environ trois ans seraient ainsi nécessaires pour qu’une variété donnée se réadapte dans un nouveau terroir, avant de révéler son véritable potentiel.

Et ce n’est pas tout. « Entre la multiplication des semences et l’adaptation des pratiques, ce changement sur le terrain demande cinq à dix ans », poursuit Valentin Verret. Ce n’est qu’avec l’expérimentation, par exemple, que l’on comprend que ces variétés exigent moins d’azote que leurs cousines plus courantes. « Si on les sème après luzerne, le relargage d’azote est trop important et on peut être certain que ça va verser », prévient-il.

Les prix constatés s’expliquent encore par les rendements. Les données demeurent rares, mais la productivité est évidemment en baisse par rapport aux semences commerciales. « Pour les semences paysannes, on parle souvent de 2 à 3 tonnes à l’hectare », reconnaît Valentin Verret. Des chiffres qui seraient à nuancer par le fait que les expérimentations ont longtemps été réservées à des terres difficiles.

Ivan Logvenoff