La pandémie de Covid-19 est la « source d’incertitudes la plus importante » sur l’évolution à venir des systèmes agricoles et alimentaires, selon une étude publiée dans un rapport conjoint de l’agence des Nations unies pour l’alimentation (FAO) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques pour l’Europe (OCDE) diffusé ce jeudi 16 juillet 2020.

La sécurité alimentaire, un défi mondial

La pandémie du Covid-19 doit entraîner « une contraction à la fois de l’offre et de la demande de produits agricoles », détaille l’étude internationale publiée dans un rapport sur les perspectives agricoles. Ses effets affecteront « tous les éléments du système alimentaire, de la production à la transformation en passant par le commerce et les systèmes logistiques nationaux et internationaux, à la demande intermédiaire et finale ».

Ainsi, la croissance de l’offre dépassera celle de la demande au cours des dix prochaines années, en vertu de quoi les prix réels de la plupart des produits resteront à leur niveau actuel ou baisseront. Parallèlement, une diminution du revenu disponible dans les pays et les ménages à faible revenu, imputable au Covid-19, devrait peser sur la demande dans les premières années de la période étudiée et pourrait porter un nouveau coup à la sécurité alimentaire.

Sur le sujet, Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, qui a présenté le rapport, a précisé : « Un système commercial international prévisible et qui fonctionne bien peut concourir à assurer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et permettre aux producteurs des pays exportateurs de prospérer ». Il poursuit : « L’expérience montre que les restrictions commerciales ne sont pas propices à la sécurité alimentaire. »

Manque d’intrants et de main-d’œuvre

Les impacts de la pandémie seront cependant ressentis différemment selon le type d’industrie et le stade de développement d’un pays.

« Par exemple, alors que les agriculteurs exportateurs d’Amérique du Nord peuvent bénéficier de taux d’intérêt plus bas mais souffrir d’une appréciation de leur devise, des producteurs en Amérique du Sud peuvent subir des effets opposés » de la pandémie, souligne cette étude.

Concernant les moyens de production, « le manque d’intrants affecte un nombre croissant d’agriculteurs dans le monde » : « Les faibles approvisionnements en pesticides, par exemple, affectent déjà la protection des cultures dans les pays touchés à un stade précoce et risquent de réduire les rendements plus tard dans l’année », selon l’étude.

En conséquence, « le manque de pesticides entrave ainsi les efforts visant à contenir les épidémies de ravageurs, y compris l’épidémie actuelle de criquets pèlerins en Afrique de l’Est ».

Par ailleurs, il ressort du rapport que la disponibilité de main-d’œuvre « est devenue un problème quasi mondial », pénalisant particulièrement les pays en voie de développement.

« Une pénurie de produits alimentaires potentielle »

D’autres éléments macroéconomiques sont susceptibles d’affecter l’agriculture : « La chute abrupte des prix du pétrole et des métaux, par exemple, a exercé une pression à la baisse sur les taux de change de nombreux pays exportateurs » de produits alimentaires de base, rappelle l’étude.

Cette pression « affecte toutes les marchandises, y compris la nourriture. Elle rend les approvisionnements alimentaires plus concurrentiels au niveau international, du moins à court terme, faisant monter l’inquiétude dans certains pays concernant des pénuries potentielles » pour leur marché intérieur.

De nombreuses inconnues subsistent quant à l’ampleur du choc économique à venir et ses effets sur l’alimentation des pays les plus pauvres. Toutefois, les auteurs de l’étude tablent sur une « détérioration de l’équilibre des régimes alimentaires, plutôt qu’une augmentation des déficits caloriques ». Ils prennent ainsi en compte « la plus grande vulnérabilité aux effets de la pandémie » des aliments à forte intensité de main-d’œuvre tels que les légumes et les produits laitiers.

Avec l’AFP