Les berges de l’immense bassin hydrographique Murray-Darling empestent désormais la pourriture, et on ne compte plus le nombre de vidéos tournées par des élus locaux ou des riverains pour alerter l’opinion sur cette catastrophe.

Le bilan s’alourdit

Les autorités ont évalué le bilan à plusieurs centaines de milliers de poissons morts, et le chiffre du million pourrait même être déjà dépassé, alors que le gouvernement de l’État de Nouvelle-Galles du Sud redoute une aggravation, avec des températures annoncées à la hausse.

Outre la sécheresse, la baisse du niveau des cours d’eau et la montée des températures pourrait avoir aussi favorisé la propagation d’une algue qui priverait les poissons d’oxygène et libérerait des toxines.

« Nous nous attendons à voir davantage de poissons morts dans certains secteurs de l’extrême ouest (de l’État de Nouvelle-Galles du Sud) et sur le (plateau de) Northern Tablelands », a déclaré le ministre de l’Eau de l’État, Niall Blair.

Bien que localisée dans le sud-est de l’île-continent, cette catastrophe a un retentissement national. « C’est un désastre écologique, a déclaré lundi le Premier ministre australien Scott Morrison. C’est un spectacle bouleversant. »

Polémique autour de l’irrigation

Le gouvernement de Scott Morrison a attribué l’hécatombe à la sécheresse, tout en défendant certaines politiques qui, selon les riverains, ont généré la pollution et la baisse des niveaux des cours d’eau.

« Il y a une sécheresse et c’est une des conséquences de la sécheresse », a déclaré Scott Morrison. Voilà cependant des années que des chercheurs mettent en garde contre l’extraction sauvage et non contrôlée d’eau des fleuves, pour l’irrigation ou à d’autres fins.

« La mort des poissons et des cours d’eau n’est pas le fait de la sécheresse. C’est dû au fait que nous puisions beaucoup trop d’eau de nos fleuves », affirme John Williams, spécialiste de la question de l’eau à l’Université nationale australienne.

Le chef de file de l’opposition travailliste, Bill Shorten, a appelé le gouvernement à créer un « groupe de travail d’urgence » sur cette catastrophe écologique. « On ne peut fermer les yeux sur la mort d’un million de poissons », a-t-il dit.

Le débat se politise

Le Premier ministre a affirmé de son côté que la gestion du bassin Murray-Darling, qui est le plus vaste bassin hydrographique du pays, avait été bipartite, et que son gouvernement n’avait fait que suivre les politiques menées auparavant par les travaillistes.

« Je m’inquiète aujourd’hui de ce que certains politisent cette question », a dit le Premier ministre. Mais au vu l’ampleur de la catastrophe en cours, des universitaires demandent désormais des comptes aux hommes politiques.

« Des milliards ont été dépensés dans la rénovation des infrastructures d’irrigation, a rappelé Quentin Grafton, de l’Université nationale australienne. Mais la population n’en a tiré aucun bénéfice. C’est une honte et il est temps que les responsables rendent des comptes sur la catastrophe qui se déroule. »

AFP