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La trésorerie des éleveurs mise à mal

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Vincent (à gauche) et Yves Duval s’apprêtent à réduire leurs troupeaux laitier et allaitant pour économiser du fourrage cet hiver. © M. Roque-Marmeys

La baisse des performances zootechniques et la hausse des coûts d’alimentation prennent les finances des exploitations en étau.

Produits en moins, charges en plus. Telle est l’équation subie par les élevages touchés par la sécheresse. « Le risque climatique se matérialise un peu plus chaque année, observe Daniel Caugant, responsable du marché de l’agriculture du Crédit mutuel Arkéa. Dans le Massif central, nous constatons une demande croissante de financement de la trésorerie. Notre objectif est de préserver, autant que possible, les facteurs de production des exploitations pour assurer leur pérennité. Trouver des solutions passe également par des tours de table avec les fournisseurs. »

Car au-delà du besoin en fourrages, les conditions chaudes et sèches ont sévèrement dégradé les résultats techniques. « Avec des vêlages d’automne d’août à novembre, la production laitière des mères a été pénalisée, déplore Robert Bourdoux, à la tête de 120 mères limousines à Monestier-Port-Dieu, en Corrèze. Mon lot de broutards a enregistré trois semaines de retard de croissance. Je les ai donc gardés pour les vendre au poids habituel de 340 à 350 kilos vifs. Cela m’a coûté 100 kg d’aliment supplémentaires par animal, tandis que le prix de vente avait baissé de 10 centimes d’euro entre avril et mai. »

Carcasses plus légères

Dans l’Allier, « les éleveurs vont aussi vendre des vaches pour alléger leur chargement, mais avec un moindre état d’engraissement, explique Jean-Michel Aucouturier, directeur de la Sicagieb à Montbeugny. Les récoltes de maïs qui vont démarrer vont être insuffisantes en qualité et en quantité. Ce ne sera pas sans conséquences sur l’engraissement des jeunes bovins, dont le marché risque d’être perturbé dans les mois à venir. »

En Lorraine aussi, la sécheresse estivale pénalise durement les maïs ensilage. Le secteur sud-Meuse, avec des terres légères et superficielles, est particulièrement touché. « Les parcelles sont très hétérogènes, souligne Loïc Baré, responsable du service développement à l’Union laitière de la Meuse (ULM). Nous attendons surtout de voir quelle sera la qualité des ensilages, pour évaluer l’impact sur la production laitière. »

La chambre d’agriculture du département et les organisations agricoles ont mis en place une opération « banque de fourrages ». Une enquête est en cours auprès des producteurs de maïs grain, afin de connaître ceux qui acceptent de le récolter en ensilage et le vendre à leurs collègues éleveurs démunis. « Au 2 septembre, nous en sommes à 980 ha recensés, précise Pascal Carillet, responsable du service élevage de la chambre d’agriculture. Pour définir les prix de vente, un barème a été établi, après coordination entre conseillers de la chambre et coopératives. Pour un maïs à 32 % d’amidon, on se situe à 76 €/t de matière sèche. »

En Bourgogne-Franche-Comté, « avec 90 mm de pluie seulement depuis le 1er juin et des grosses chaleurs, la pousse d’herbe s’est arrêtée il y a trois mois », explique Jean-Luc Desbrosse, l’un des quatre associés du Gaec de Nolat à Neuvy-Grandchamp (Saône-et-Loire). L’élevage de charolaises compte 1 000 têtes sur 400 ha de SAU. « La pousse de l’herbe n’a atteint que 40 % d’une année normale. En l’absence de report de stocks de l’an passé, il nous faut acheter l’équivalent de cinq mois d’alimentation, soit un hiver entier ! » Tous les veaux ont été sevrés précocement et rentrés au bâtiment.

Après deux années d’alimentation au plus serré, les éleveurs craignent des impacts négatifs sur la reproduction et sur les poids de carcasse. L’adaptation au changement climatique ne sera pas simple. « Faute de pluie, le sorgho a grillé sur pied, note l’exploitant. Extensifier, pourquoi pas, mais quelles charges pouvons-nous diminuer en contrepartie de la baisse du produit ? Pour sortir le maximum de fourrage sur des périodes végétatives plus courtes, il faudra mettre de l’engrais. » Déjà couvert les années passées pour les aléas sur céréales et maïs, le Gaec a assuré ses prairies cette année.

Décalage des ventes

En Lozère, il n’a quasiment pas plu depuis les premières coupes réalisées au printemps. Pour garder des réserves, certains éleveurs commencent à acheter de la paille, lorsque la trésorerie le leur permet. Beaucoup attendent le versement des aides en octobre pour passer aux achats, en espérant qu’elles n’arrivent pas en retard cette année. « En ovins allaitants, si les luttes d’automne donnent de moins bons résultats, les ventes pourraient être décalées », relève Didier Cayroche, du Cerfrance Lozère. Après la sécheresse de 2018, les éleveurs ont déjà réduit leur troupeau cette année. « Au niveau départemental, la baisse atteint 5 % », note Amaury Souchon, de la chambre d’agriculture. Si la sécheresse se poursuit à l’automne, ce recul risque de s’accentuer l’an prochain.

La Rédaction

« Distribuer du foin en estive,c’est du jamais vu ! »

« Depuis le 10 août, nous montons une botte de foin de 250 kg tous les deux jours sur notre estive, qui accueille 18 vaches salers suitées et un taureau charolais. Je ne l’avais jamais fait de toute ma carrière d’éleveur », souligne Yves Duval, associé avec son fils, Vincent, à Riom-ès-Montagnes dans les monts du Cantal. Ils élèvent un double troupeau de 40 montbéliardes et 40 salers sur 82 ha de SAU, dont 22 ha d’estive à 1 200 m d’altitude. « La sécheresse qui a sévi l’an passé de juillet à octobre nous a fait perdre 20 000 l de lait sur une production de 220 000 l. Nous avons dû acheter pour 25 000 € d’ensilage de maïs, de foin et de luzerne déshydratée pour combler notre déficit fourrager, alors que nous sommes habituellement autonomes. Nous avons aussi choisi de racheter du foin au printemps afin de ne pas déprimer les prairies de fauche. Les gelées tardives ont reporté la sortie des animaux à fin mai. Les montagnes ont souffert de ce froid, puis de l’absence de pluie cet été et de chaleurs inhabituelles à cette altitude. Affourager des animaux sur ce qui constitue notre réserve naturelle d’herbe est un comble ! C’est pourtant la seule solution pour que les vaches qui allaitent ne soient pas en souffrance. Les laitières reçoivent aussi du foin et de l’enrubannage depuis début août. Elles sortent au pré la nuit et restent en bâtiment le jour. Nous allons à nouveau perdre 20 000 l de lait cette année, et nous avons commandé de la luzerne et de l’enrubannage. Le transport coûte 40 €/t à lui seul. C’est à ce niveau que nous attendons un soutien de l’État. Après la sécheresse de l’an passé, nous avons eu des soucis de reproduction. Cette improductivité coûte cher. Cette année, nous avons vendu prématurément des broutards. Leur poids vif a décroché de 30 kg, avec des cours en baisse. Nous allons réduire chacun des deux troupeaux de 5 vaches dès cet automne, pour économiser 20 t de MS de fourrage cet hiver. Ces deux années de sécheresse plombent le moral et la trésorerie ! »

De possibles pertes de fonds sur les prairies naturelles

« Après la sécheresse de 2018, aucun département n’a fait état de fortes dégradations sur les prairies permanentes », affirme Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA. Mais après les évènements de 2019, le constat ne sera pas forcément le même. Au printemps prochain, la pousse ne redémarrera peut-être pas sur certaines parcelles. Dans ce cas, le Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) peut verser une aide au ressemis des prairies naturelles. « Les craintes concernant une dégradation de fonds des prairies naturelles doivent être mentionnées, dès l’automne, dans les demandes de reconnaissance au titre des calamités agricoles. Il est très difficile de revenir sur les dossiers six mois après lorsque les problèmes sont constatés », insiste Joël Limouzin. Les exploitations expertisées à l’automne, afin d’évaluer les taux de perte de fourrage, devront à nouveau être auditées au printemps pour estimer les pertes de fonds. L’État pourra ensuite prévoir une enveloppe complémentaire pour les indemnisations.

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Commerce plus calme dans les laitières d’entrée de gamme

Dans le domaine des allaitantes, les transactions sont plus calmes. En réformes laitières, face à une meilleure couverture de la demande, les industriels accentuent la pression sur les vaches maigres. En jeunes bovins, l’animation commerciale reste soutenue du fait de faibles disponibilités.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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