Face à une situation de sécheresse « d'une extrême gravité », qui a déjà dépassé celle de 1976 et rappelle celle de 1949, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, souhaite faire appel au sens de la responsabilité d'un certain nombre d'acteurs (banques, professionnels agricoles, autorités communautaires, SNCF, etc.) plutôt que d'aller tout de suite tirer la manche des pouvoirs publics.

« Je me refuse pour l'instant à demander des aides financières, a-t-il précisé aujourd'hui devant la presse. On le fera quand les bilans seront connus à la fin d'août ou au début de septembre 2011. Je souhaite que l'on cible les mesures qui vont être prises afin que les moyens dégagés aillent à ceux qui en ont le plus besoin, en l'occurrence les éleveurs. »

Cela signifie que les banques vont être incitées à organiser un préfinancement à taux zéro de la PMTVA, dont il a déjà été annoncé que le versement serait avancé au 16 octobre.

Pour permettre aux éleveurs de tenir jusqu'à cette date et de financer des achats d'aliments qui s'annoncent colossaux, les banques vont être sollicitées pour fournir dès à présent cette indispensable trésorerie. L'enveloppe à préfinancer est ainsi estimée à 710 millions d'euros sur quatre mois et demi. Le syndicat a chiffré à 19.000 €, soit 270 €/UGB le surcoût net d'aliments et de paille qui devront être achetés à l'extérieur pour une exploitation de type bovins à viande de l'Aveyron.

La FNSEA compte sur cela pour enrayer le mouvement de décapitalisation du cheptel français qui a commencé à se produire « avec des sorties massives d'animaux pour des raisons de trésorerie et de manque de fourrages ». Pour soutenir les cours de la viande, Xavier Beulin veut aussi actionner le levier bruxellois afin que la Commission engage des mesures de stockage ou de dégagements publics (restitutions à l'exportation par exemple).

L'urgence, pour lui, est à la mobilisation de toute la ressource disponible en fourrages et en paille. Les questions logistiques étant appelées comme en 1976 et 2003 à être cruciales, Xavier Beulin a sollicité un rendez-vous avec le patron de la SNCF pour organiser des transports de longue distance en paille et céréales.

Car les approvisionnements de proximité qui en temps normal seraient la logique ne suffiront pas. « La Lozère, par exemple, qui comptait sur la Bourgogne pour satisfaire ses besoins va devoir regarder ailleurs » car cette région est elle-même durement affectée. Aux dernières nouvelles, la Lozère aurait besoin de 300.000 tonnes, un chiffre qui a énormément grossi en l'espace de quelques semaines.

Le président de la FNSEA a redit son hostilité à une interdiction du broyage des pailles, une mesure qui serait contreproductive à ses yeux et inapplicable à certains endroits, vu les maigres rendements que vont offrir certaines parcelles.

Il veut plutôt favoriser des formes de contractualisation via le réseau FNSEA-JA, avec l'appui des chambres d'agriculture et des coopératives. Xavier Beulin a indiqué que 33 départements avaient déjà fait des offres de paille, soulignant que le mouvement de solidarité était en place, tout cela « en moins de deux semaines ».

Entre les tourteaux, les drêches et les pulpes, issus de l'industrie des biocarburants, ce sont 6 millions de tonnes de coproduits qui peuvent être mises à la disposition des éleveurs « dans des conditions de marché non spéculatives », a souhaité Xavier Beulin, estimant que cela passait par des formes contractuelles. Pour mémoire, le président de la FNSEA est aussi le « patron » de Glon-Sanders, premier fabricant français d'aliments du bétail, et celui de Diester Industries.

« La situation de 2011 montre l'extrême fragilité des systèmes extensifs », a lâché Xavier Beulin, estimant que cela soulève des questions sur les orientations vers le tout-à-l'herbe qui sont prônées depuis des années et sur les propos simplistes que l'on entend souvent à cet égard.

La FNSEA compte sur le ministère de l'Agriculture pour arrêter les tracasseries agroenvironnementales sur les jachères et les bandes tampons, eu égard à la situation exceptionnelle. Mais elle n'a pas obtenu la levée de l'interdiction du retournement des prairies permanentes.

Des demandes dérogatoires ont aussi été adressées au ministère pour que les producteurs sous AOC ou bio puissent s'approvisionner en dehors du périmètre autorisé par leurs cahiers des charges. Elle attend aussi que l'Etat joue le rôle de facilitateur en exerçant une « amicale pression » sur la SNCF et en incitant les banques à jouer le jeu.

Le relèvement du plafond des aides de minimis (7.500 € sur trois ans) est également demandé auprès Bruxelles. Lors de la crise de 2008-2009, son doublement avait été octroyé et le syndicat demande donc que cela soit reconduit.

Xavier Beulin souhaite que les agriculteurs puissent actionner le dispositif de DPA (dotations pour aléas) même s'ils n'ont pas souscrit d'assurance récolte cette année (seuls 70.000 agriculteurs l'ont fait), contrairement au lien qu'a organisé la loi de modernisation agricole. Cela permettrait de réinjecter en trésorerie dans l'exercice de 2011 une partie des bons résultats obtenus au titre de la récolte de 2010. Une proposition pour alléger cette contrainte doit être étudiée, suggère le syndicat.

Un conseil de l'agriculture française « spécial sécheresse » réunissant notamment les organisations professionnelles agricoles doit se tenir le mardi 31 mai 2011 dans la matinée au ministère de l'Agriculture.

Ph.P.