Comment pallier l’annulation de l’édition de 2021 du Salon de l’agriculture (Sia) ? Annoncée le 13 octobre 2020, cette nouvelle a suscité de vives réactions du monde agricole. Notamment au sein des différents syndicats qui, d’emblée, ont cherché une alternative.

Fermes ouvertes à la place du Sia

En l’espace de 48 heures, la Confédération paysanne a annoncé son intention d’organiser « avec l’aide de son réseau, des fermes ouvertes pour faire découvrir, au plus près du terrain, l’agriculture paysanne. » Dans un communiqué de presse du 15 octobre 2020, le syndicat en profite pour dénoncer « le marketing et le greenwashing omniprésents au Salon de l’agriculture », évoquant ainsi le terrain comme « meilleure vitrine de nos pratiques ».

Du côté du Modef, sa directrice Sophie Bezeau, contactée par La France Agricole, affirme que si son syndicat n’a pas encore communiqué officiellement, il planche sur la mise en place d’une tournée nationale. Le but, « promouvoir les exploitations familiales ». L’idée serait d’organiser tous les jours ou tous les deux jours dans les départements où le Modef est présent, des visites et des présentations des exploitations. Sophie Bezeau de préciser toutefois que ce projet n’aura lieu que « si le contexte sanitaire le permet ».

« Un crève-cœur pour les organisateurs »

Le Salon est bel et bien reporté à 2022. Mais le concours général (CGA), qui juge chaque année environ 12 000 produits agricoles et alimentaires français et dont les finales se tiennent pendant la durée du Salon, est lui maintenu. Une décision sur laquelle souhaite rebondir la FNSEA en organisant des marchés qui mettraient en avant les lauréats du CGA. Dans un communiqué de presse du 14 octobre dernier, Jérôme Despey — secrétaire général du syndicat — a précisé que ces marchés « dont les lieux restent à définir, se dérouleraient sur la même période que celle du Salon ».

Si l’annulation du Sia est « un vrai crève-cœur pour les organisateurs et pour l’ensemble de la profession agricole », la FNSEA ne désespère pas et réfléchit « à initier un colloque autour du thème de la souveraineté alimentaire ». Ce colloque pourrait se tenir en présence d’Emmanuel Macron, poursuit le communiqué, avant de donner rendez-vous à ses adhérents à la Porte de Versailles en 2022.

« La main tendue » de la Coordination rurale

Contactée par La France Agricole, la Coordination rurale (CR) concède qu’elle n’a pas encore discuté officiellement d’une alternative au Sia 2021. Mais comme le précise son vice-président Damien Brunelle, ils ont pensé le vendredi 16 octobre 2020 matin à organiser « des colloques bien ciblés sur les thèmes en lien avec les consommateurs ou en lien avec la Pac ».

Mais plus encore, cette annulation peut être l’occasion de penser à faire évoluer le Sia devenu « une foire au boudin », selon le syndicat : « Cela nous permettait de rencontrer énormément d’élus de toute tendance, d’avoir des échanges importants. C’était un vrai coup de projecteur sur la profession. Mais il y a des questions à se poser car, sur certains aspects, c’était caricatural », déplore Damien Brunelle.

Il ajoute : « Les agriculteurs voyaient tous ces politiciens qui restaient le plus longtemps possible au Sia, mais au final, ça ne leur servait à rien. On nous faisait de belles promesses sur le moment, mais c’était loin de la réalité du terrain. » Un triste bilan que dresse le vice-président de la Coordination rurale, qui déplore un manque de représentativité du monde agricole et qui, de ce fait, tend la main aux autres syndicats. « S’ils veulent des moments conviviaux et constructifs pour parler d’agriculture, on est partant, il y a tout à réécrire ensemble. »

Oriane Dieulot