Où en est le projet des Bassines ?

Quand on fait un compromis, les deux parties doivent faire un pas l’une vers l’autre, mais on a l’impression que ce n’est pas le cas dans cette procédure. D’un point de vue réglementaire, notre dossier a passé presque toutes les étapes de l’instruction. Ce sont les associations aujourd’hui qui bloquent le projet. Lors de la dernière réunion de concertation, la semaine dernière, des experts mandatés par la préfète sont intervenus, et le dialogue s’est apaisé. Nous travaillons actuellement sur de nouvelles propositions en vue de la prochaine réunion fixée au 19 novembre.

Pourquoi cette opposition ?

On nous demande d’être des exploitants exemplaires. Nous, ce qu’on répond, c’est : « Laissez-nous démarrer et prouver que ça fonctionne. » Les associations ne mesurent pas les risques en cas d’échec : les 230 exploitations du territoire des retenues ainsi que les 500 salariés qui en dépendent pourraient se trouver en grande difficulté. Certaines craintes sont par ailleurs infondées. Dans les autres départements, une fois les retenues faites, l’expérience montre que le niveau des nappes et des rivières remonte.

La fusion des régions a-t-elle changé le jeu politique ?

La fusion avec l’Aquitaine nous a apporté plus d’écoute, mais c’est bien à ce niveau de décision que les choses bloquent actuellement. Malgré l’approbation de l’agence de l’eau, le conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine nous demande de signer un protocole d’accord avec les associations avant de débloquer son cofinancement. La prochaine réunion sera décisive.

Dans les Pays de la Loire, les retenues se développent plus facilement, comment expliquez-vous cette différence ?

Dans cette région, et plus particulièrement en Vendée, la profession agricole, le conseil départemental, le syndicat départemental d’eau, travaillent ensemble depuis longtemps. Les retenues sont gérées par un syndicat mixte, avec une implication forte des élus. Chez nous, le conseil départemental a porté le projet des retenues à ses débuts, mais il n’a pas souhaité continuer. La profession a alors trouvé une solution en montant une coopérative d’agriculteurs, la Coop de l’eau. Parce que les retenues sont désormais portées par des exploitants, l’opposition les considère comme des projets agricoles. Pourtant, elles bénéficieront à tout le territoire.

Quels sont vos moyens d’action pour voir aboutir les retenues ?

Nous allons expliquer à nouveau le projet, décrire ce que la sécurisation de l’eau peut apporter aux exploitants, et les effets positifs attendus en matière d’emploi et de valeur ajoutée. Avec une plus grande sécurité de l’eau, nos entreprises auront accès aux cultures sous contrat, et elles pourront alors se diversifier, nourrir sereinement le bétail, et participer au rayonnement de marques locales de qualité, comme le beurre d’Échiré ou les fromages de chèvre.

Les retenues seront-elles un sujet de la campagne des chambres ?

Au niveau syndical, seuls la FNSEA et les JA se sont prononcés sur les Bassines. La Confédération paysanne veut mettre plus de conditions sur les volumes et les cultures, et la Coordination rurale ne s’est pas positionnée. Mais les vrais enjeux pour notre département se trouvent dans le renouvellement des générations et la durabilité des exploitations. Les retenues ne sont qu’un outil au service de ces enjeux.

Propos recueillis par Ivan Logvenoff