« Quand je cherche à créer un objet ou un programme, je vais jusqu’au bout », prévient Pascal Van de Weghe. Avec sa dernière invention, il allume des lampes led à partir de son smartphone. « Je peux lancer l’éclairage de n’importe où dans le monde », s’émerveille-t-il. Ses yeux brillent de la même façon que lorsqu’enfant il jouait au mécano. « Je possédais toutes les boîtes, sauf la numéro 10 ! », se remémore-t-il.

Découverte d’un laboratoire de fabrication

À peine l’heure de la retraite sonnée sur l’exploitation d’Angivillers, dans l’Oise, Pascal s’inscrit au « fab lab » de Clermont. Il avait découvert le concept de ces ateliers à Beauvais, lors d’une visite avec son groupe de développement agricole. « Dans ce laboratoire de fabrication numérique, je conçois des objets avec les participants volontaires. Nous disposons d’imprimantes 3 D et autres outils numériques. Puis, nous mettons les plans de nos inventions en open source », s’enthousiasme le passionné de découvertes.

Créer du concret Avec une imprimante 3 D

L’homme de 67 ans s’y rend tous les mercredis après-midi. Il y apprécie l’ambiance conviviale. Il côtoie des gens de tous âges et tous milieux. Certains n’ont pas de compétence particulière. D’autres ont des connaissances en électricité ou robotique. Mais tous ont ce goût des échanges et de la recherche. « Jamais ils ne lâchent », sourit-il. Leur dernière création en témoigne. Il s’agit d’une casquette avec ultrason pour aider les malvoyants à détecter les obstacles.

« Au “fab lab”, tous ont ce goût des échanges et de la recherche. »

Ce bricoleur, autodidacte et touche-à-tout, aime produire des choses utiles. « J’atteins le Graal quand je partage mes réalisations et transmets mon savoir-faire », avoue-t-il. Dans ce club, Pascal, ancien professeur de machinisme à l’Isab (1), retrouve l’esprit avec lequel il enseignait : « J’incitais les étudiants à expérimenter pour comprendre. » Diplômé de ce même établissement, il a ensuite, avec Isagri, mis au point le Bip, boîtier informatique de poche, ancêtre des smartphones. Devenu agriculteur en 1992, son goût de la recherche le poursuit. Il remporte en 2006 un prix en concevant un programme destiné à s’initier aux marchés à terme.

« J’aime découvrir de nouveaux domaines. » Pour optimiser l’imprimante 3D mise à disposition au « fab lab », l’innovateur cherche des tutoriels et des cours disponibles sur internet. « J’ai beaucoup appris avec la chaîne YouTube Crea_din 3D. » Et pour continuer à s’amuser à son domicile, il a acheté une imprimante 3D en kit, à 300 €. À partir de bobines de plastique, il réalise des pièces de rechange pour la ferme, dont sa femme, Élisabeth, a repris les rênes. Il a ainsi fabriqué une protection pour la sortie d’huile du tracteur. Il a aussi conçu pour son épouse un embout d’aspirateur ou encore un mini-arrosoir. « Il en oublie parfois de manger ou de dormir », plaisante-t-elle, fière que son mari participe à la lutte contre l’obsolescence programmée. Mais pour Pascal, cela reste un jeu d’enfant.

Marie-Pierre Crosnier

(1) Institut supérieur agricole de Beauvais, aujourd’hui UniLaSalle.