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Le troubadour des champs

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Portrait - Le troubadour des champs
Le troubadour mosellan se produit dans les fêtes locales, les festivals, les médiathèques. Il participe de plus en plus à des animations de rue au sein de villes. Sa guitare l’y accompagne ou la serinette, un orgue de barbarie portatif. © D. Péronne

Elvis Stengel défend en chansons le parler régional de la Moselle-Est, le platt. L’agriculteur retraité de Vibersviller (Moselle) possède également à son répertoire des classiques de la variété française.

«Toi, tu es le paysan lorrain ! » Lorsqu’Elvis Stengel a rencontré, l’an passé, le chanteur Renaud, ce dernier a immédiatement reconnu celui qui lui avait écrit plusieurs fois. Quelque temps plus tard, l’auteur de « En cloque » et de la « Ballade nord-irlandaise » l’autorise à reprendre ces deux titres en platt. Aujourd’hui, l’agriculteur retraité de 63 ans est fier du CD qu’il a sorti, où figurent ces chansons. Le platt est le dialecte parlé dans l’est de la Moselle, aussi appelé francique lorrain. Il en est un fervent défenseur, grâce aux chansons qu’il compose ou qu’il interprète.

Imprégné d’une double culture

Ce chansonnier amateur, qui a cédé son exploitation laitière bio à son fils Jonas, est imprégné d’une double culture, française et allemande : « Lorsque j’étais gamin, nous regardions les westerns sur une chaîne allemande, la ZDF », raconte-t-il, Vibersviller est situé à 45 km de la frontière.

« Les gens me remercient de faire vivre le répertoire traditionnel. »

Elvis est son vrai prénom, pas son nom d’artiste. Il reproche encore à ses parents ce choix si « rock’n’roll ». Peut-être prédestiné… Mais ce qui surprend c’est son amour pour ces trois langues, le platt, le français et l’allemand. Féru de littérature germanique­, il est aussi amateur de poésie, admirateur de Rilke, Francis Jammes, Baudelaire. Côté chansons, il est fan de Bob Dylan, Hugues Auffray, Bernard Lavilliers, Graeme Allwright et, bien sûr, Renaud. « Nous sommes une famille de musiciens. Ma sœur joue du piano. Ma fille aînée aussi et m’accompagne dans les concerts. Moins maintenant car elle vient d’avoir un bébé », détaille ce grand-père de six petits-enfants.

Le troubadour mosellan se produit dans les fêtes locales, les festivals, les médiathèques. Il participe de plus en plus à des animations de rue au sein de villes qui souhaitent davantage de prestations en extérieur. Sa guitare l’y accompagne ou la serinette, un orgue de barbarie portatif, dans lequel, modernité oblige, le papier perforé est remplacé par des cartes SD. « Les gens m’accostent, me remercient de faire vivre le répertoire traditionnel mais aussi les chansons françaises à texte », explique cet homme volubile, qui partage ses passions.

Depuis peu, il s’est aussi mis à écrire un livre sur les paysages qui l’entourent, les activités agricoles. Une façon pour l’autodidacte, qui regrette de ne pas avoir étudié, de montrer qu’il s’exprime parfaitement dans la langue de Molière. Un pied de nez aux gens de la ville, Metz, Nancy, parfois snobs envers les habitants de « l’Est », leur éloignement, leur accent.

D. Péronne

Au programme des classes bilingues

Elvis a intégré cinq chansons pour enfants en platt dans son dernier CD. À la demande de l’Office pour la langue et les cultures d’Alsace et de Moselle, elles seront utilisées dans le programme scolaire des classes bilingues. Les chansonniers s’exprimant dans la langue régionale sont rares en Moselle, plus nombreux en Alsace. Avant la crise sanitaire, il intervenait aussi dans un collège autour des chansons dialectales.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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